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Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales
L'ANRS fédère, autour de grandes priorités scientifiques, des chercheurs de toutes les disciplines (recherches fondamentale, clinique, en santé publique, sur le vaccin...) et des médecins appartenant aux organismes de recherche français (Inserm, CNRS, Institut Pasteur, IRD, universités) et aux hôpitaux. L'agence réunit, dans des "Sites ANRS", chercheurs du Nord et du Sud autour de projets de recherche qui s'inscrivent dans les priorités de santé des pays en développement.
Son budget annuel, environ 45 millions d’euros, lui est attribué par les ministères français en charge de la Recherche, des Affaires étrangères et de la Santé.
L'ANRS en chiffres :
- 2 appels d'offres annuels,
- 260 projets de recherche déposés environ chaque année,
- un réseau de plus de 300 services hospitaliers et 60 études cliniques en France,
- près de 500 publications scientifiques.
Ipergay : réponses et précisions de l'ANRS
Moins de deux mois après le démarrage de l'essai Anrs-Ipergay, l'Anrs revient sur les principes fondamentaux et motivations scientifiques qui guident cette recherche et fait le point sur l'avancement de l'essai.
I - L'essai Anrs-Ipergay ne risque-t-il pas de conduire à un relâchement des comportements de prévention, en particulier l'usage du préservatif ?
Cet essai ne consiste pas à mesurer l'efficacité, seule, d'un médicament anti-VIH chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) particulièrement exposés au risque d'infection par le VIH. L'essai Anrs-Ipergay teste cette hypothèse dans un cadre de prévention renforcée, qui propose à tous les participants des conseils personnalisés de prévention, des préservatifs et gels gratuits, des dépistages et traitements des autres infections sexuellement transmissibles (IST), des vaccinations contre les hépatites A et B. On peut ainsi affirmer que les volontaires de cet essai bénéficient de prestations de prévention en qualité et en nombre bien supérieures à ce qui est proposé dans «la vraie vie».
Il ne s'agit donc pas d'opposer le traitement à visée préventive (en l'occurrence le Truvada®, une association de deux molécules antirétrovirales) aux modes de prévention plus classiques et de remplacer l'usage du préservatif, dont chacun connait l'efficacité pour se protéger. Il s'agit au contraire pour les médecins-chercheurs d'essayer d'élargir la palette des moyens de prévention et d'associer l'ensemble de ces moyens pour des populations qui ont des difficultés à se protéger en permanence. L'objectif est ainsi de diminuer le risque d'être infecté par le VIH.
La recherche en prévention, qu'elle concerne le vaccin, les microbicides, la circoncision masculine, l'usage des antirétroviraux à visée préventive, est à l'agenda des organismes de recherche internationaux qui y consacrent une part importante de leurs efforts. L'Anrs y contribue également de manière importante.
II - Pourquoi cet essai est-il mené auprès des HSH ?
La population des HSH en France, et dans les pays développés, est aujourd'hui la plus touchée par l'infection par le VIH. En 2010, parmi les 6 300 nouveaux cas de VIH diagnostiqués dans l'année, 40% étaient des HSH. On peut dire aujourd'hui que si aucune autre stratégie complémentaire de prévention n'est proposée, cette population pourrait être, dans les années à venir, majoritairement infectée par le VIH.
III - La communauté des HSH a-t-elle été associée à cet essai ?
Plus que pour tout autre essai. Les modalités de l'essai ont été largement discutées au sein d'un comité associatif « spécifique » à l'étude, ce qui est une première dans l'histoire de l'Anrs. Ce comité1, qui représente les intérêts des participants à l'essai, associe 16 associations, communautaires « LGBT », Lesbienne Gay Bi & Trans, et aussi des associations de lutte contre le sida, dont le TRT-5, qui réunit huit d'entre elles. Le TRT-5 a préalablement organisé une consultation communautaire sur ce sujet (disponible sur http://www.trt-5.org/). Ipergay a été de nombreuses fois discuté sur le terrain. Par exemple, avec les associations, le 5 Mars 2011 (à la Mairie de Paris), ou encore dans des Centres LGBT Parisiens et Lyonnais. Le site de l'essai www.ipergay.fr est également une plate-forme où chacun peut poser ses questions et obtenir de l'information.
IV - Le socle de connaissances sur lequel s'appuie Ipergay est-il suffisant ?
L'essai Iprex, mené par les National Institutes of Health américains, est la seule étude d'efficacité du traitement pré-exposition (Prep), dans un cadre global et renforcé de prévention, ayant été menée chez des HSH séronégatifs. Ses résultats, rendus publics fin 2010, ont montré que le risque de contamination par le VIH était réduit en moyenne de 42% chez ceux qui prenaient tous les jours un traitement par Truvada®, par rapport à ceux qui prenaient un placebo. L'efficacité de la molécule était corrélée à la prise régulière du traitement, tous les jours, donc à l'observance. L'objectif de l'essai Anrs Ipergay est de faciliter l'observance en proposant la prise du médicament uniquement au moment de l'exposition au risque. Cette stratégie devait permettre, tout en améliorant l'efficacité de la stratégie, de limiter les effets secondaires d'un traitement continu et ses coûts.
V - Le bras «placebo» de l'étude est-il éthique ?
En dehors de son succès remarquable dans la prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant, la stratégie qui consiste à utiliser des antirétroviraux pour prévenir l'infection n'a pas encore fait la preuve définitive de son efficacité et a donné des résultats contradictoires selon les populations étudiées (HSH, femmes, hommes hétérosexuels, couples sérodifférents...). La "Prophylaxie pré-exposition" (Prep) par usage de médicaments antirétroviraux n'est donc pas recommandée en pratique courante. C'est en raison de ces incertitudes que des groupes d'experts, britanniques et français, recommandent que soient menées de nouvelles recherches sur la Prep : la démonstration, ou non, de l'efficacité des antirétroviraux en prévention viendra en effet des essais cliniques.
C'est en raison de ces incertitudes scientifiques quant à l'efficacité des antirétroviraux en prévention que l'essai Anrs-Ipergay est randomisé et ainsi mené avec un «bras» Placebo : un groupe recevra le médicament, l'autre le placebo. C'est ce schéma d'étude qui permettra d'apporter la preuve scientifique de l'efficacité éventuelle de la Prep chez les HSH lorsqu'elle est utilisée en association aux autres mesures de prévention.
Enfin, l'utilisation d'un placebo est aussi garant de protection pour les volontaires : les participants à l'essai ne sachant pas à quel bras ils appartiennent (la comparaison entre les groupes se fera en «double aveugle»), tous devront observer les mêmes mesures de prévention, incluant l'usage du préservatif. Le placebo évite que les participants à l'essai, se croyant protégés par le médicament, n'augmentent leur prise de risque. Tout ceci est longuement expliqué dans la note d'information et de consentement éclairé signée par les volontaires de l'essai Anrs-Ipergay.
La question du placebo a été largement débattue à la fois au sein du conseil scientifique de l'essai Anrs-Ipergay (qui regroupe 30 cliniciens, chercheurs en sciences sociales et en recherche fondamentale, représentants associatifs...) ainsi qu'au sein du comité associatif.L'essai Anrs-Ipergay a reçu un avis favorable du Comité de protection des personnes (CPP d'Ile-de-France IV), le 29 septembre 2011, et une autorisation de l'autorité sanitaire française, l'AFSSAPS, le 26 août 2011. Ajoutons enfin qu'un comité indépendant veille aux intérêts et à la sécurité des participants ainsi qu'à l'intégrité scientifique et éthique de la recherche. Un représentant associatif y siège.
VI - Où en est le recrutement de l'essai Anrs-Ipergay ?
Après un an d'actions d'information menées dans la communauté LGBT, l'Anrs a lancé en Janvier 2012 une campagne de recrutement qui assure à l'essai une très bonne visibilité. L'association Aides sensibilise et mobilise en parallèle les HSH sur le terrain.
L'essai se déroule dans sa phase pilote dans trois centres cliniques, à Paris et à Lyon. Les premiers volontaires ont commencé à y être reçus début février. Après entretiens et examens cliniques, les personnes correspondant aux critères et se déclarant intéressées par l'essai ont signé le formulaire de consentement pour participer à l'étude. C'est un processus naturellement long, qui prend plus de temps que dans un essai thérapeutique puisqu'on s'adresse à des personnes saines. 35 volontaires sont aujourd'hui dans l'essai, huit devraient y entrer sous peu. On peut donc dire que le recrutement s'opère de manière satisfaisante. La phase pilote se déroulera sur un an et s'achèvera en février 2013.
La campagne de recrutement de l'Anrs rentre dans sa deuxième phase par l'édition de nouveaux types de documents, l'organisation de nouvelles réunions de terrain, l'animation des réseaux sociaux, etc...
VII - Le financement d'Ipergay empêche-t-il que d'autres essais, en particulier thérapeutiques, soient menés à l'Anrs ?
L'essai Anrs-Ipergay a été évalué par un comité scientifique spécialisé en recherches en santé publique2, comprenant des experts étrangers, qui a évalué de façon indépendante la qualité scientifique du projet et approuvé sa mise en place. L'Anrs a dégagé 1,3 million d'euros pour mener la phase pilote d'acceptabilité et de faisabilité de l'essai. Cette somme n'est pas puisée sur la ligne des «essais thérapeutiques du VIH» de l'agence mais sur la ligne « Recherches en santé publique ». A ce propos, 14 essais thérapeutiques (s'adressant donc à des personnes infectées par le VIH) sont en cours à l'agence : ils représentent un budget de plus de 16 millions d'Euros. Ajoutons à cette somme quatre millions pour les essais concernant les patients co-infectés par le VIH et un virus des hépatites.
Le projet Anrs-Ipergay n'exclut pas que les autres domaines de recherches en prévention de l'Agence soient soutenus activement : par exemple, le budget annuel de l'agence pour son programme de recherches sur le vaccin s'élève à près de quatre millions. L'Anrs a consacré aux récentes grandes enquêtes sur les comportements en France un budget d'environ quatre millions d'euros.
- 1. Action santé alternative, Act Up-Paris, ALS- Lyon, Association des médecins gais, Dialogai, Fédération des associations LGBT/Cigales, Forum Gay et Lesbien de Lyon, Inter LGBT, Homos musulmans de France, Keep smiling, Les Flamands Roses/J'en Suis, J'Y Reste - Centre LGBTQIF de Lille-Nord Pas de Calais, Association Rimbaud, LGP Marseille/Boucle rouge, Sneg, TRT-5, Warning, LGP Lyon.
- 2. Comité scientifique sectoriel 5 de l'Anrs «Recherches en santé publique, sciences de l'homme et de la société».
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IPERGAY: Le premier essai de prévention pré-exposition du VIH pour les Gays en France
L'Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS) s'apprête à lancer, en janvier 2012, un essai d'intervention en prévention auprès des gays et des hommes séronégatifs ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH). L'essai ANRS IPERGAY (Intervention Préventive de l'Exposition aux Risques avec et pour les Gays) déterminera si un traitement antirétroviral pris durant la période d'activité sexuelle associé à une stratégie globale et renforcée de prévention, peut réduire le risque d'être infecté par le VIH.
Trente ans après le début de l'épidémie de sida, une nouvelle page est en train de se tourner dans le domaine de la recherche en prévention en Europe. L'Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites (ANRS) consacre un essai à la prévention de la transmission du VIH chez les gays et les hommes séronégatifs ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH) en testant l'efficacité d'un traitement antirétroviral intermittent, associé à une stratégie globale et renforcée de prévention.
L'objectif de l'essai ANRS IPERGAY (Intervention Préventive de l'Exposition aux Risques avec et pour les Gays) est de démontrer que cette stratégie peut permettre de réduire le risque d'infection par le VIH.
Pourquoi cet essai ?
Face à l'émergence de l'épidémie de sida, les gays et les HSH ont été les premiers à se mobiliser au début des années 80 et ont adopté très rapidement des mesures de prévention. Cette population est aujourd'hui celle qui, en France, a le plus souvent recours au dépistage du VIH et qui utilise le plus les préservatifs. Selon la dernière enquête Presse Gay INVS/ANRS, réalisée en 2004, 67% des HSH interrogés déclarent utiliser un préservatif lors de tous leurs rapports sexuels avec des partenaires occasionnels. Selon la même enquête, 86% déclarent s'être fait dépister au moins une fois dans leur vie. En région parisienne, selon l'enquête Prevagay INVS/ANRS de 2009, ce chiffre est de 92%. Les gays sont, parmi les nouveaux séropositifs, dépistés plus tôt et rarement au stade sida.
Toutes les données nationales et internationales attestent néanmoins de la transformation des comportements préventifs depuis près de 15 ans dans cette population. On observe une augmentation des comportements à risque dans la plupart des pays du Nord chez les gays séronégatifs et séropositifs. En France, les enquêtes Presse Gay INVS/ANRS révèlent une augmentation du nombre moyen de partenaires, de pénétrations anales non protégées avec les partenaires stables ou occasionnels. Ces modifications se sont accompagnées d'une hausse de l'incidence du VIH ou d'une stabilisation à un niveau élevé, selon les pays, de nouveaux cas d'infection dans la population des gays et des HSH. Celle-ci est aujourd'hui la plus touchée par l'infection dans les pays industrialisés.
En France, selon l'Enquête Presse Gay INVS/ANRS, 33% des répondants ont eu au moins une pénétration anale non protégée par préservatif avec des partenaires occasionnels dans l'année. En 2010, selon l'INVS, parmi les 6300 nouveaux cas de VIH diagnostiqués dans l'année, 40 % sont des HSH.
Ces chiffres démontrent, trente ans après le début de l'épidémie, que le maintien à un haut niveau de la prévention chez les gays et les HSH s'accompagne aussi de difficultés pour certains à se protéger toujours et tout le temps. Selon Bruno Spire, président de Aides, association impliquée dans l'élaboration et la mise en place de l'essai ANRS IPERGAY, « il est difficile de se protéger systématiquement dans tous ses rapports, avec tous ses partenaires, dans toutes ses pratiques, durant des années, voire toute sa vie ».
Le choix de réaliser l'essai ANRS IPERGAY dans la population gay et HSH répond donc à un impératif de santé publique. Selon le Pr Jean-Michel Molina, Université de Paris 7 Diderot et Hôpital Saint-Louis, responsable scientifique de l'essai ANRS IPERGAY : «Tout doit être fait pour diminuer le nombre de nouvelles contaminations par le VIH dans les populations les plus exposées».
Parmi les pistes de recherches les plus prometteuses figure la prévention par le traitement antirétroviral (la « prophylaxie pré-exposition » ou Prep). C'est dans ce cadre que se situe le projet d'essai de l'ANRS : IPERGAY.
Les antirétroviraux en prévention, c'est nouveau ?
Les antirétroviraux ne sont pas uniquement efficaces pour soigner les personnes séropositives. Ils ont également, dans certaines circonstances, des effets préventifs. Depuis 1994, ils sont utilisés avec succès pour limiter la transmission du VIH de la mère infectée à son enfant au moment de la grossesse et de l'accouchement. On y a également recours dans le traitement d'urgence post-exposition (TPE) après un rapport sexuel non protégé avec une personne séropositive ou de statut sérologique inconnu.
L'utilisation des antirétroviraux en prévention pourrait-elle être encore élargie ?
Présentés à la conférence mondiale sur le sida, à Vienne, en juillet 2010, les résultats de l'essai Caprisa 004, mené en Afrique du Sud, chez 899 femmes, ont montré que l'utilisation d'un gel contenant un antirétroviral, le tenofovir (Truvada®), réduisait de 39% le risque d'infection par le VIH par rapport au placebo.
L'essai Iprex1, mené principalement en Amérique du Sud et en Thaïlande, est la seule étude d'efficacité du traitement pré-exposition jamais menée chez des gays et des HSH séronégatifs. Ses résultats, rendus publics fin 2010, ont montré que le risque de contamination par le VIH était réduit en moyenne de 44% chez les volontaires de l'étude qui prenaient tous les jours un traitement par Truvada® (Ténofovir + FTC), par rapport à ceux qui prenaient un placebo. Cette réduction semblait de surcroît beaucoup plus importante lorsque le médicament était détectable dans le sang. L'efficacité semble donc directement liée à la prise du traitement sans oubli.
D'autres essais ont également démontré que la Prep pouvait constituer une approche pour prévenir la contamination par le VIH chez des personnes exposées. Ainsi, l'essai Partners/Prep et TDF2 ont montré, chez des couples hétérosexuels de statut sérologique différent, des protections de 67 et 78% contre le VIH avec un comprimé quotidien de Ténofovir avec ou sans FTC. En revanche, d'autres études ont montré des résultats négatifs. Il en est ainsi de FEM-Prep mené chez des femmes exposées (une prise orale quotidienne de Truvada dans un bras vs placebo), qui a dû être arrêté en raison du nombre égal de contaminations dans les deux bras. L'essai VOICE n'a pas non plus réussi à protéger de l'infection les femmes qui utilisaient les antirétroviraux sous forme de gel.
Pour le Pr Gilles Pialoux (Hôpital Tenon), co-responsable de l'essai ANRS IPERGAY, «Ces résultats confortent la nécessité de poursuivre la recherche sur la Prep, dans les groupes les plus exposés ». Il ajoute : «La preuve de l'efficacité de la Prep pour les HSH européens manque toujours à ce jour».
Le Dr Laurent Cotte (Hôpital de la Croix Rousse), également co-responsable de l'étude, ajoute «ANRS IPERGAY est différent de IprEx dont les participants prenaient un traitement continu : les volontaires de l'essai prendront le traitement "à la demande", pendant les périodes d'activité sexuelle».
Le Pr Jean-Michel Molina conclut : «Cette stratégie devrait permettre d'éviter les contraintes d'une prise permanente d'antirétroviraux, de favoriser ainsi une bonne observance de la prise du médicament, et également permettre de limiter leurs effets indésirables potentiels ainsi que le coût du traitement.»
Au-delà des gays et des HSH, si les résultats de l'essai ANRS IPERGAY étaient concluants, une nouvelle stratégie de prévention pourrait être évaluée auprès d'autres populations particulièrement affectées par le VIH, au Nord comme au Sud.
Pourquoi un bras placebo ?
L'essai ANRS IPERGAY comporte deux bras : l'un dans lequel les participants recevront un traitement antirétroviral, l'autre un placebo. Selon le Pr Molina «L'essai de référence pour les HSH, IPREX, était un essai randomisé contre placebo. Il n'a montré qu'une efficacité somme toute limitée de Truvada® en prévention et ne peut donc constituer une stratégie recommandée pour les HSH ». Il ajoute «Un essai avec un groupe placebo se justifie pleinement dans ce contexte d'incertitude». Par ailleurs, «l'incertitude de recevoir ou non un placebo permettra de bien attirer l'attention de tous les volontaires de l'essai ANRS IPERGAY sur la nécessité de maintenir ou de renforcer leur prévention afin de limiter au maximum les risques d'infection par le VIH. Cette stratégie dite d'essai en double aveugle d'un traitement contre placebo devrait donc limiter les comportements de désinhibition dans les deux groupes de l'essai».
La prévention combinée
L'essai ANRS IPERGAY testera l'efficacité de la Prep dans un cadre de prévention combinée. «C'est en combinant les moyens de prévention que l'on pourra parvenir à contenir l'épidémie d'infection par le VIH, en utilisant les moyens dont l'efficacité est déjà démontrée (comme le préservatif) et en évaluant le bénéfice de l'association de nouveaux outils comme la Prep. C'est notre rôle de mener ces recherches», déclare le Pr Jean-François Delfraissy, Directeur de l'ANRS.
La stratégie dite «de prévention combinée» n'est pas propre au VIH. On en connait des exemples éprouvés, par exemple dans la lutte contre le paludisme. Dans les mesures de précaution pour éviter d'être piqué par les moustiques se conjuguent l'utilisation de moustiquaires imprégnées, de protections vestimentaires, de sprays répulsifs, toutes mesures qui s'ajoutent à la prophylaxie médicamenteuse avec les antipaludéens.
L'essai ANRS IPERGAY, c'est quoi ?
L'essai ANRS IPERGAY s'adressera à des hommes et à des personnes trans' séronégatifs pour le VIH ayant des relations anales avec des hommes sans utilisation systématique d'un préservatif, avec au moins deux partenaires sexuels différents dans les six mois précédant leur participation à l'essai. L'essai s'étalera pour les volontaires sur une durée minimale de 12 mois et maximale de 48 mois.
L'essai comparera deux groupes de participants : l'un recevra Truvada®, l'autre un placebo. Ces médicaments seront pris «à la demande», pendant la période d'activité sexuelle. Les participants débuteront la prise du médicament avant les rapports sexuels, poursuivront le traitement pendant la période d'activité sexuelle, avec une dernière prise de médicament après.
Chaque participant, quel que soit le groupe auquel il appartiendra, se verra proposer une offre renforcée de prévention : distribution de préservatifs, des dépistages réguliers du VIH, des dépistages réguliers et traitements des IST, la vaccination contre les hépatites A et B. Les participants pourront bénéficier, s'ils le souhaitent, de conseils personnalisés de prévention.
Un important volet de recherches en sciences sociales tentera de dresser le profil des volontaires, analysera leurs comportements sexuels, en particulier vérifiera comment les volontaires se comportent vis-à-vis du préservatif, et par ailleurs déterminera s'ils observent ou non la prise de médicaments. Les données recueillies tout au long de l'essai, permettront pour la première fois en France, de disposer d'un suivi dans le temps des comportements dans cette population. Ces recherches seront menées par l'équipe de Bruno Spire (Inserm UMR 912, Marseille).
Les participants seront invités à des consultations à l'hôpital environ tous les deux mois pour des entretiens et des examens cliniques, dont des dépistages.
L'essai est mené par l'ANRS qui en est le promoteur et le financeur. Le laboratoire Gilead fournit les médicaments de l'essai.
Selon Bruno Spire, «ANRS IPERGAY s'adressera à des HSH et à des gays qui souhaitent augmenter leur prévention. La démarche est individuelle mais elle peut aussi être altruiste : participer à ANRS IPERGAY peut faire bouger les lignes et bénéficier à la communauté des gays et des HSH».
ANRS IPERGAY, c'est quand, et où?
L'essai démarrera en Janvier 2012. Dans sa phase pilote, qui permettra en particulier de déterminer si cet essai est adapté aux besoins de la communauté gay, et donc permettra de juger de sa faisabilité. Il se déroulera à Paris (Hôpital Saint-Louis, Pr. Jean-Michel Molina, et Hôpital Tenon, Pr. Gilles Pialoux), Lyon (Hôpital de la Croix-Rousse, Dr. Laurent Cotte). Il sera mené ultérieurement au Québec, à Montréal (CHUM Hôpital Hôtel Dieu, Dr. Cécile Tremblay).
Il concernera 300 volontaires dans la phase pilote (sur 1900 pour la totalité de l'essai).
La campagne de recrutement
Quatre hommes ont accepté, bénévolement, de prêter leurs visages à la campagne de recrutement qui se déclinera à partir de mi-janvier sur le thème : « Moi, je suis Ipergay. Et vous ? ». Flyers, affiches et bannières web déclineront ce message.
Les personnes intéressées seront invitées à consulter le site d'information www.ipergay.fr pour en savoir plus sur la prévention, la Prep et l'essai ANRS IPERGAY et à appeler Sida Info Service (0800 840 800 de 8h à 23h, appel gratuit et anonyme - ou encore sur le web : www.sida-info-service.org).
La campagne de recrutement de la phase pilote devrait se dérouler jusqu'à juin 2012.
De très nombreux acteurs mobilisés
Un comité associatif (regroupant plus de quinze associations LGBT et de lutte contre le sida2 représente les intérêts des participants à l'essai ANRS IPERGAY. Il a été constitué par l'ANRS dès les premières phases de préparation de l'essai.
L'association Aides est partenaire de l'essai au plan scientifique et opérationnel : elle a participé à l'élaboration du protocole et est membre du conseil scientifique de l'essai. Elle coordonnera sur le terrain les actions de recrutement et d'accompagnement des volontaires dans la prévention. SIS Association, avec son dispositif d'écoute téléphonique Sida Info Service, aura un rôle d'information et d'échange tout au long de l'essai : ses écoutants ont reçu une formation sur la Prep et sur l'essai ANRS IPERGAY.
- 1. Iprex a été mené par le National Institute of Health américain, avec le financement de la fondation Bill et Melinda Gates, et s'est déroulé à partir de 2004 au Pérou, au Brésil, en Équateur, aux États-Unis, en Afrique du Sud et en Thaïlande.
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Le programme de circoncision masculine à Orange Farm ralentit fortement l’infection des hommes par le VIH
Trois ans après le début d'une intervention reposant sur la circoncision des hommes adultes dans le bidonville d'Orange Farm (Afrique du Sud, étude ANRS 12126), une réduction importante de la prévalence et de l'incidence du VIH chez les hommes circoncis a été observée.
Ce résultat démontre pour la première fois que la circoncision masculine appliquée à grande échelle est efficace pour lutter contre le VIH au niveau d'une communauté. Cette recherche, coordonnée par Bertran Auvert (Inserm U1018/Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) et menée par Dirk Taljaard (Progressus, Afrique du Sud) et David Lewis (Institut National des Maladies Contagieuses, Afrique du Sud), est financée par l'ANRS. Ces résultats sont présentés en tant que présentation orale late breaker à la conférence IAS-2011, à Rome, le 20 juillet.
L'effet protecteur de la circoncision de l'homme adulte sur l'acquisition du VIH a été démontré dans trois essais randomisés princeps menés en Afrique du Sud (étude ANRS 1265, publiée en 2005), au Kenya (2007) et en Ouganda (2007). Ces études ont établi que le risque d'être infecté par le VIH des hommes circoncis était réduit de 60%. Ces résultats ont conduit l'OMS et l'ONUSIDA à recommander en 2007 la circoncision de l'adulte comme stratégie de prévention additionnelle contre le VIH dans les communautés ayant une forte prévalence du VIH et une faible prévalence de la circoncision.
Plusieurs programmes proposant la circoncision médicalisée des hommes adultes à large échelle sont actuellement en cours dans des pays d'Afrique subsaharienne tels que le Swaziland, le Kenya, le Zimbabwe et l'Afrique du Sud. Cependant, la capacité de ces programmes à réduire le nombre de nouveaux cas de VIH (l'incidence) et la proportion des personnes infectées (la prévalence) n'avait pas encore été démontrée. C'est ce que vient de faire l'étude ANRS 12126. En effet, cette étude menée en Afrique du Sud démontre l'efficacité de la circoncision de l'adulte comme intervention contre le VIH chez les hommes à l'échelle communautaire.
L'étude ANRS 12126
L'étude porte sur la population de 110 000 adultes du bidonville Ld'Orange Farm et a été conduite entre 2007 et 2010. Le projet consistait à proposer une circoncision gratuite et médicalisée à tous les hommes volontaires âgés d'au moins 15 ans. Plus de 20 000 circoncisions ont été effectuées. Le projet s'est appuyé sur une mobilisation des habitants ainsi que sur un large programme d'information sur la prévention, incluant le dépistage, la distribution de préservatifs, et la promotion de la santé sexuelle et reproductive.
Entre 2007 et 2010, la proportion d'hommes circoncis est passée de 16% à 50% parmi les 15-49 ans, avec un pic à 59% chez les 15-24 ans. Les comportements sexuels, notamment l'usage des préservatifs ne se révèlent pas différents chez les hommes circoncis et non circoncis. Chez les hommes circoncis, la prévalence du VIH est 55% plus basse et l'incidence du VIH est 76% plus faible. Sur le plan statistique, cette réduction d'incidence n'est pas différente de celle observée dans les trois essais princeps.
Enfin, les chercheurs montrent que si aucun homme n'avait été circoncis dans cette communauté pendant cette période, la prévalence du VIH aurait été de 25% plus élevée qu'elle ne l'est maintenant et l'incidence du VIH aurait été de 58% plus élevée.
«Un espoir dans notre lutte contre cette infection»
Le professeur Bertran Auvert, principal investigateur déclare: «Cette étude démontre que la circoncision permet de réduire l'épidémie de l'infection à VIH dans les communautés fortement infectées; c'est un espoir dans notre lutte contre cette infection. Réduire le nombre de nouvelles infections va réduire les décès dus au SIDA mais aussi les besoins en traitements antirétroviraux. Cette étude montre enfin que la généralisation de la circoncision devrait être une priorité de santé publique en Afrique australe et de l'Est et qu'un engagement politique fort est nécessaire.»
Le docteur Dirk Taljaard, l'un des deux investigateurs sud africains déclare: «Nous sommes en train de changer les normes sociales relatives à la circoncision. Ceci rend son utilisation pérenne. Nous devrions bientôt détecter une réduction de l'infection des femmes.»
Le professeur David Lewis, l'autre investigateur sud-Africain déclare: «Cette étude montre un résultat extraordinaire pour une intervention qui coûte 40 Euros, prend 20 minutes et ne doit être faite qu'une seule fois dans la vie.»
Enfin, le professeur Jean-Francois Delfraissy, Directeur de l'ANRS, déclare: «Cette étude marque une étape importante qui confirme les données des essais randomisés princeps, mais cette fois-ci à l'échelle d'une communauté, dans la « vraie vie » : la circoncision masculine est capable de protéger partiellement mais fortement les hommes du VIH. Il nous faudra ensuite analyser l'ensemble des données qui nous permettront de mesurer l'impact de la circoncision masculine sur l'ensemble de la population d'Orange Farm, hommes ET femmes.»
La généralisation de la circoncision se poursuit à Orange Farm. Les résultats obtenus aujourd'hui sont encourageants pour la poursuite des programmes de généralisation de la circoncision masculine médicalisée menés en Afrique Australe et de l'Est, sous réserve que cette pratique soit acceptée des populations comme cela a été le cas à Orange Farm.
Bibliographie
Effect of the roll-out of male circumcision in Orange Farm (South Africa) on the spread of HIV (ANRS-12126)
Bertran Auvert (1), Dirk Taljaard (2), Dino Rech (2), Pascale Lissouba (1), Beverley Singh (3), Daniel Shabangu (2), Cynthia Nhlapo (3), Josephine Otchere- Darko (2), Thabo Mashigo (2), Reathe Taljaard (2), Gaph Phatedi (2), Motlalepule Tsepe (2), Male Chakela (2), Audrey Mkhwanazi (2), Portia Ntshangase (2), Scott Billy (4), David Lewis (3,5)
(1) UMRS-1018, INSERM, UVSQ, France; (2) Progressus, Johannesburg, Afrique du Sud; (3) Society for Family Health, Johannesburg, Afrique du Sud; (4) National Institute for Communicable Diseases of the National Health Laboratory Services; (5) University of the Witwatersrand, Johannesburg, Afrique du Sud (5).
IAS 2011 Rome (Italie), Abstract numéro WELBC02
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L'actualité de la CROI par l'ANRS
La XVIIIe conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI 2011) vient de se dérouler à Boston du 27 février au 2 mars. Plusieurs études, soutenues par l'ANRS permettent de mieux comprendre les mécanismes de l'infection par le virus du sida ou, encore, d'améliorer la prise en charge thérapeutique de la maladie au nord et au sud.
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