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Prise en charge globale: le rôle de la France

Dans le cadre du Programme européen d'action pour la lutte contre le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose, la France, qui bénéficie d'une forte expérience en matière de prise en charge globale, souhaite constituer une équipe européenne d'action travaillant sur ce thème, dans le but d'élaborer un Guide européen de prise en charge globale.

Quatre premières consultations ont eu lieu le 29 avril 2009 au Ministère des Affaires étrangères et Européennes (MAEE), le 3 juin lors de la Journée ESTHER, le 18 juin au MAEE à l'occasion du Festival Solidays, et le 3 juillet au MAEE. Elles ont permis de clarifier le projet général tout en fixant des priorités. Ce concept paper a pour but de présenter ce projet et ces priorités, et chacun est invité à le modifier pour ajouter ou faire ressortir les points qui lui paraissent importants.

(Voir l'introduction - english - español)

1- Contexte

Le Programme européen d'action pour la lutte contre le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose par les actions extérieures (2007-2011), adopté par le Conseil de l'UE en 2005, propose une action communautaire collective afin de combler le déficit de financement pour atteindre l'OMD 6. Il consiste à soutenir des initiatives de lutte contre les trois grandes pandémies mises en place par les pays en développement et les pays à revenus intermédiaires, ainsi qu'une action à l'échelle internationale, dans les domaines où l'UE peut apporter une valeur ajoutée.

A l'échelle nationale, il s'agit surtout de développer le dialogue politique, les capacités d'action et les ressources financières. Au niveau régional et mondial, le programme s'attache notamment à développer l'accès aux médicaments, les capacités de régulation, les ressources humaines dans le secteur de la santé, la recherche, et de nouveaux outils d'intervention.

Le rapport de 2009 de la Commission sur l'avancement du Programme d'action met en avant les progrès accomplis depuis le lancement du programme, mais affirme que davantage d'efforts doivent être fournis par les membres au niveau régional et mondial. Il insiste notamment sur la promotion des droits de l'homme et de l'égalité des genres, le renforcement des systèmes de santé, le dialogue avec les pays partenaires, l'augmentation de l'APD, ou encore l'accès aux médicaments.

Le rapport propose par ailleurs une division du travail au niveau européen dans les secteurs prioritaires afin de développer un dialogue politique plus efficace, de partager les compétences et mettre en commun les moyens d'action, et de mieux collaborer avec les peuples touchés par les pandémies, ainsi qu'avec la société civile et les organisations internationales.

Concrètement, cette division du travail se traduirait par la mise en place d'équipes européennes d'action (EU Action Teams). Chaque équipe serait conduite par un Etat membre et se chargerait d'une des thématiques prioritaires du Programme d'Action, son rôle étant de réfléchir aux moyens de faire progresser la mise en œuvre des recommandations du Programme d'Action.

Chaque équipe serait constituée d'Etats membres, d'organisations de la société civile, de partenariats public-privé, et d'organisations internationales. Les pays chargés de conduire les équipes auraient pour mission de mettre en place et d'assurer la coordination de ces équipes.

Les pays membres ayant exprimé leur intérêt à former et diriger des équipes d'action sont les Pays-Bas (VIH/Sida et droits de l'homme), le Royaume-Uni (prévention du VIH/Sida), l'Allemagne (VIH/Sida et questions de genre) et la France (prise en charge globale). La Commission a quant à elle manifesté son intérêt pour mener une équipe travaillant sur l'accès à des médicaments abordables. Elle sera également chargée de coordonner les travaux des différentes équipes d'action, ce qui permettra d'éviter que ces travaux ne se chevauchent.

Une réunion sur les équipes européennes d'action, à laquelle ont participé la France et les Pays-Bas, s'est tenue le 2 juin 2009 à la Commission afin de discuter du mandat et des objectifs des équipes d'action, du rôle des pays membres, des modalités de travail ou encore de l'implication de la société civile.

Les travaux de l'équipe d'action sur la prise en charge globale permettront d'élaborer des recommandations qui seront rassemblées dans un « Guide » européen de prise en charge globale. Ce guide aura pour but, non seulement de lancer une réflexion internationale sur la prise en charge globale, mais aussi de faire office de guide de référence pour les différents acteurs de la prise en charge, tant au niveau national que dans une perspective de coopération entre pays européens pour lutter contre les trois pandémies. D'autres possibilités sont également envisageables, telles que la mise en place d'une formation européenne en matière de prise en charge globale.

2 - L'expérience française

Si la France a proposé de coordonner une équipe européenne d'action sur le thème de la prise en charge globale, c'est parce qu'elle bénéficie d'une expérience particulièrement importante dans ce domaine. La France est notamment l'un des pays d'Europe les plus touchés par le VIH/SIDA, et s'est dès le début de la pandémie mobilisée pour apporter une réponse de qualité.

La lutte contre la maladie ne doit pas seulement consister à fournir des traitements, elle doit aussi prendre en compte les implications sociales, culturelles, économiques et juridiques de la maladie, afin d'assurer le respect des droits des personnes touchées. Une attention particulière doit être portée aux personnes vulnérables ou victimes de discriminations, notamment les femmes et les minorités sexuelles.

Afin d'améliorer cette prise en charge globale, la mutualisation des compétences entre les différents partenaires est essentielle. Les programmes soutenus par la France sont ainsi issus d'une collaboration étroite avec différents intervenants : gouvernements, leaders communautaires, associations de personnes vivant avec le VIH/Sida, acteurs socio-sanitaires etc. Une telle collaboration permet d'appréhender le problème dans sa globalité et ainsi de lutter contre la maladie de manière plus efficace.

Cette expérience en matière de prise en charge globale se base à la fois sur des actions au niveau national, et sur des collaborations au niveau international, tant multilatérales que bilatérales.

Au niveau national, les COREVIH (Comités de coordination régionale de la lutte contre le VIH) ont pour but de favoriser la prise en charge globale des personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Pour cela, leur composition permet de rapprocher le domaine hospitalier et extra-hospitalier, le secteur sanitaire et le social, ainsi que les associations de patients et de soutien aux patients. Ils ont trois missions : la coordination des acteurs impliqués dans la lutte contre le VIH, le recueil, l'analyse des données médico-épidemiologiques, et ils contribuent à l'amélioration, l'évaluation et l'harmonisation des pratiques professionnelles. On trouve ainsi au niveau national, en matière de lutte contre le VIH/Sida mais aussi contre la tuberculose, tout un travail de coordination entre les équipes hospitalières spécialisées, le médecin traitant, et les associations impliquant le patient et son entourage.

Les associations françaises jouent également un rôle important. L'association Sidaction a par exemple pour but de récolter des fonds et de les répartir entre les programmes de recherche, la prise en charge des patients et la prévention de l'épidémie tant en France qu'à l'international. AIDES, créée en 1984, a quant à elle pour but de réunir les personnes touchées directement ou indirectement par le VIH/Sida afin de leur permettre de s'organiser face à la maladie. Plusieurs associations se sont par ailleurs regroupées au sein de la Coalition PLUS afin de bâtir une structure commune pour promouvoir l'approche communautaire dans la lutte contre le VIH/Sida.

La France, consciente du rôle joué par les associations de lutte contre le VIH/Sida, a soutenu le FSP mobilisateur « Appui à la société civile pour l'accès au traitement antirétroviral du VIH/Sida dans les pays en développement ». Ce projet comprenait notamment un appui à la plate-forme inter-associative ELSA (Ensemble pour Lutter contre le Sida en Afrique) pour lui permettre de renforcer son action au profit des associations du Sud. Les associations bénéficiaires du projet ELSA sont avant tout des partenaires africains et représentent 90 associations dans 27 pays.

Au niveau international, la promotion de la prise en charge globale passe par un soutien fort aux acteurs multilatéraux et bilatéraux.

En ce qui concerne l'action multilatérale, la France joue un rôle essentiel au sein du Fonds Mondial, qui encourage l'implication de la société civile dans la lutte contre les trois maladies, qui permet une prise en compte des spécificités liées au genre et aux minorités sexuelles exposées au VIH/sida, et qui finance le renforcement des systèmes de santé. La France est également très impliquée dans l'action menée par l'ONUSIDA, qui mène des activités de plaidoyer sur la libre-circulation des personnes vivant avec le VIH/Sida, ainsi que dans d'autres organisations multilatérales qui agissent en faveur de la prise en charge globale des malades, telles que l'UICTMR (Union Internationale Contre la Tuberculose et les Maladies Respiratoires), Stop TB, ou encore le Partenariat Faire Reculer le Paludisme.

Quant à l'action bilatérale, la Mission des Relations avec la Société Civile mène de nombreuses actions en vue de renforcer les capacités des organisations du Sud : mise en réseau, plaidoyer, lutte contre la discrimination etc. Par ailleurs, des partenariats sont développés avec des acteurs privés afin de lutter contre le VIH/Sida, à l'image du projet « PME sans sida » en Côte d'Ivoire ou du programme de renforcement de la lutte contre le VIH dans les sociétés minières en Guinée. L'AFD soutient notamment l'association Partenaires contre le Sida, qui a pour but de renforcer les capacités des acteurs du secteur privé des pays en développement, grâce à la mise à disposition d'une expertise technique de qualité.

Par ailleurs, le GIP ESTHER (Ensemble pour une Solidarité Thérapeutique Hospitalière en Réseau) a pour but de soutenir des partenariats qui permettent d'articuler la prise en charge des malades autour de l'hôpital et des réseaux sociaux de manière durable. L'Alliance européenne ESTHER se compose quant à elle de 10 pays et a pour but de favoriser la mise en réseau de professionnels de santé et d'associations de la région européenne, toujours dans la perspective de promouvoir une prise en charge globale efficace. A travers ESTHER, des partenariats avec 18 pays d'Afrique et d'Asie du Sud-est ont ainsi été développés.

3 - Prise en charge globale et collaboration européenne

Lors de la consultation des parties prenantes du Programme européen d'Action à Bruxelles et Dakar en novembre-décembre 2008, les participants ont notamment insisté sur la nécessité de promouvoir la prise en charge globale (comprehensive care) des personnes touchées par le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose. L'accent mis sur l'accès aux médicaments ne doit en effet pas occulter le besoin de prise en charge globale des malades et de leur famille.

Cette prise en charge globale centrée sur la personne doit notamment se baser sur la famille et la communauté du malade, et inclure le soutien psychologique, les soins cliniques, le soutien économique et social, les droits de l'homme, ainsi que le soutien aux familles et aux communautés touchées par les pandémies.

Les parties prenantes ont également insisté sur la nécessité de promouvoir des approches intégrées pour lutter contre les co-infections telles que sida-tuberculose. Il s'agit là d'assurer une continuité entre les soins et le soutien aux malades, grâce à une meilleure coordination entre les services de santé publics et privés, et avec les programmes de soins à domicile.

Un certain nombre de recommandations ont été émises par les parties prenantes dans le cadre du Programme d'Action :

  • promouvoir la prise en charge globale à travers l'élaboration de directives et le partage d'expertise avec les pays partenaires
  • développer la valorisation et la capitalisation d'expérience
  • mettre en œuvre des politiques de lutte contre le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose sur les lieux de travail, promouvoir la prévention des maladies parmi les personnels et permettre aux personnels infectés de bénéficier de programmes de sécurité sociale et d'un emploi
  • soutenir les capacités de recherche dans les pays partenaires pour recueillir des données sur les maladies et diffuser des informations sur les bonnes pratiques à suivre
  • assurer le soutien technique, le financement et le renforcement des capacités pour la mise en place des politiques de prise en charge globale, y compris la « prise en charge de ceux qui prennent en charge », les transferts d'argent, les programmes de protection sociale pour les plus vulnérables, ainsi que l'aide aux réseaux de malades et aux organisations qui se basent sur la communauté
  • engager un dialogue sur les moyens d'améliorer la présence à l'école des enfants touchés par le VIH/Sida, soutenir les initiatives visant à améliorer l'alphabétisation des personnes sous traitement, fournir un soutien technique et des conseils pour améliorer l'accès des malades aux ressources juridiques de leur pays

La création d'une équipe européenne de travail dans le cadre du Programme d'Action offre la possibilité de poursuivre et approfondir la collaboration européenne qui a été mise en place en matière de prise en charge globale.

Plusieurs ONG européennes sont également très impliquées dans la promotion de la prise en charge globale, à l'image de GNP+ (Global Network of People living with HIV/AIDS), basée aux Pays-Bas, ou encore International HIV/AIDS Alliance, basée au Royaume-Uni, qui est la plus grande organisation de lutte contre le VIH/Sida de l'UE et qui a pour but de mobiliser et renforcer les communautés afin qu'elles puissent lutter elles-mêmes contre le VIH/Sida. Par ailleurs, le groupe de travail sur le VIH/SIDA CONCORD, qui est un groupe d'ONG européennes œuvrant dans le domaine du VIH/SIDA et du développement, pourra jouer un rôle important afin de soutenir le projet d'équipe européenne.

La sollicitation de ces différents acteurs européens, ainsi que la collaboration avec d'autres pays membres de l'UE intéressés par la thématique de la prise en charge des malades, permettra de mettre en place de véritables stratégies communes en matière de prise en charge globale.

4 - Priorités de l'équipe d'action

Quatre premières réunions rassemblant des experts et représentants de la société civile ont eu lieu le 29 avril 2009 au MAEE, le 3 juin 2009 à l'occasion de la Journée ESTHER à l'Hôpital européen Georges Pompidou, le 18 juin au MAEE avec de nombreuses associations du Sud à l'occasion de Solidays, et le 3 juillet au MAEE. Ces réunions ont permis de préciser le cadre général du projet et d'établir quels sont les principaux thèmes sur lesquels l'équipe européenne d'action devra insister. Une division de ces principaux thèmes en grandes catégories a également été retenue, pour plus de clarté. Le guide européen de prise en charge globale devra donc essentiellement porter sur les thèmes suivants:

a - Aspects cliniques

  • prise en charge pluridisciplinaire
  • qualité des soins
  • prévention (primaire et secondaire) de qualité
  • pédiatrie
  • nutrition
  • prévention de la transmission mère-enfant (PTME)
  • qualité de l'évaluation et du suivi
  • évaluation et mise à niveau des laboratoires dans les sites où se portent les diagnostics, non seulement de VIH (charge virale) mais aussi de toutes les infections associées, et en particulier de tuberculose. Cela constituerait un point fort du renforcement des capacités locales en matière de santé, avec un intérêt majeur à court terme pour le diagnostic et le suivi des trois pandémies et à plus long terme pour la performance des outils diagnostiques dans le contexte plus global de la santé dans les pays du Sud.
  • capitalisation de l'expérience
  • recherche

b - Aspects économiques, sociaux et psychosociaux

  • accueil, information et orientation des patients
  • accompagnement psycho-social
  • prise en charge psychologique
  • formation « professionnalisante »
  • renforcement des systèmes de santé
  • renforcement des compétences
  • soutien aux programmes nationaux, en s'appuyant sur ce qui existe déjà
  • coopération multisectorielle
  • mise en place d'espaces d'échanges
  • travail en réseau, et en particulier de celui entre hôpitaux-centres de soins publics et ceux issus du secteur privé, à commencer par la société civile et les personnes infectées et/ou affectées par le VIH. En ce sens, le développement de plateformes, à l'image des Country Coordination Mechanisms soutenues par le Fonds Mondial, ou encore des plateformes santé entre hôpitaux et associations accompagnées par ESTHER pourrait faciliter l'accès aux soins et l'amélioration de la qualité des services.
  • capitalisation de l'expérience
  • recherche

c - Législation et droits de l'Homme

  • respect des droits des patients
  • accès aux soins
  • lutte contre les discriminations
  • prise en charge des personnes vulnérables
  • médiation entre les patients et les pouvoirs publics
  • volonté politique
  • implication des collectivités territoriales
  • capitalisation de l'expérience
  • recherche

d - Famille et communauté

  • mobilisation communautaire
  • rôle des associations
  • prise en charge des orphelins
  • capitalisation de l'expérience
  • recherche

Cette liste n'est pas définitive et toutes les personnes intéressées peuvent ajouter ou modifier des thèmes. Chacun est également invité à apporter une contribution sur les thèmes relatifs à son activité et à son expérience. Il est possible de s'exprimer sur l'importance à donner à ces thèmes, sur les bonnes pratiques à promouvoir, sur des exemples concrets d'expériences positives ou négatives dans le domaine de la prise en charge globale etc.

De nombreuses publications sur le thème de la prise en charge globale existent déjà au niveau international, et le guide européen n'a pas pour objectif de refaire ce qui a déjà été fait. C'est la raison pour laquelle la capitalisation de l'expérience peut constituer une véritable valeur ajoutée pour ce guide, d'où l'importance de rassembler les expériences de chacun dans le domaine de la prise en charge globale.

Par ailleurs, si cela s'avère pertinent, le guide devra chercher à accorder une place égale à chacune des trois pandémies.

5 - Plan d'action

Dès à présent, les personnes intéressées par cette initiative sont invitées à modifier ce concept paper pour y préciser ou inclure les éléments qui leur semblent les plus importants. Les premières contributions au concept paper sont présentées plus bas. Le document est mis en ligne sur le site vih.org, en français, en anglais et en espagnol, et chacun peut ainsi apporter sa contribution sur ce site. Il est également possible d'envoyer une contribution par e-mail à Marie Ahouanto.

A la fin de l'été 2009, le concept paper sera présenté à la Commission européenne afin de détailler le projet conduit par la France. Après validation de ce document par la Commission, les autres membres de l'UE intéressés par la thématique de la prise en charge globale pourront participer aux travaux de l'équipe européenne menée par la France. Au moins deux autres pays européens devront se joindre à la France afin de pouvoir constituer une équipe d'action. A l'heure actuelle, l'Espagne pourrait être intéressée par ce projet, ce qui est d'autant plus important que la présidence espagnole de l'UE en 2010 pourrait permettre de promouvoir cette initiative.

Les acteurs déjà consultés, ainsi que les personnes intéressées par ce projet, sont invités à solliciter leurs réseaux en vue de faire participer des représentants de la société civile et des experts d'autres pays à la réflexion. Les associations peuvent également jouer un rôle de plaidoyer important en vue de faire participer d'autres pays à l'équipe européenne d'action.

Ce processus doit conduire, fin 2009-début 2010, à une première réunion de l'ensemble de l'équipe européenne d'action, qui comprendra Etats membres, experts et organisations du Nord et du Sud. Les travaux de cette équipe d'action permettront ensuite d'élaborer le guide européen de prise en charge globale, à destination des acteurs européens mais aussi des acteurs du Sud.

Les réactions

Contribution de Gilles Brücker (Directeur du GIP ESTHER)

1) La prise en charge globale des PVVIH constitue précisément l’objectif poursuivi par ESTHER dans le renforcement des capacités des pays partenaires. ESTHER, s’appuyant sur 7 années d’activités, dans aujourd’hui 18 pays, avec la mobilisation de plus de 60 équipes hospitalières venant des hôpitaux français jumelés avec des hôpitaux du Sud, mais également par le soutien de 170 associations du Sud dans 23 collectifs associatifs peut capitaliser cette expérience au service du guide envisagé.

2) La prise en charge globale comprend ici l’accès au diagnostic, au suivi médical, l’accès au traitement ARV + traitement des infections opportunistes, à la prise en charge des co-infections notamment de la tuberculose, et au suivi psychologique et social des personnes atteintes.

3) Parmi les éléments essentiels de cette qualité de prise en charge doit figurer l’identification des groupes les plus exposés et les plus vulnérables (méconnus ou oubliés) en particulier OEV, TS, détenus, UDIV.

4) La prise en charge doit également cibler les groupes délibérément exclus et les plus stigmatisés (MSM), cette prise en charge par la maladie, ou son risque d’exposition, étant également un mode de reconnaissance des droits sociaux.

5) Parmi les facteurs clés d’un guide de prise en charge doivent figurer: Le souci d’une réduction des inégalités de soins et de prise en charge au regard :
- Des critères économiques : précarité, pauvreté, gratuité des traitements indispensables et des actes de laboratoires nécessaires.
- Des critères géographiques : décentralisation large avec définition de tutorat par les centres de référence, et de délégation des tâches dans le cadre de la gestion des ressources humaines.

6) La définition des indicateurs de suivi, et le soutien des systèmes d’information mis en place à cette fin doivent être intégrés dans le dispositif de prise en charge afin de pouvoir évaluer la qualité des activités.

7) Des programmes de recherche opérationnelle doivent contribuer à cette analyse de la faisabilité des programmes et des actions, et contribuer à des stratégies plus efficientes sachant les nombreuses contraintes financières au regard des besoins croissants.

Contribution de Fabrice Clouzeau (Sida Info Service)

L’expérience française se caractérise aussi par la mise en place dès 1990 d’un service téléphonique national : Sida Info Service.

Le téléphone constitue un excellent moyen d’établir des relations avec les citoyens dans la lutte contre le VIH/sida. L’information précise, la qualité de l’accompagnement, l’autonomisation des usagers, l’orientation, le soutien et les missions d’observatoires de SIS s’inscrivent résolument dans une dimension de globalité des individus face à leur Santé, dans ses aspects de prévention primaire, secondaire et tertiaire. L’apport des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication conforte l’idée de prise en charge globale de la personne en offrant des services adaptés aux moyens et techniques de communication utilisés par les usagers. Que ce soit dans une approche publique ou communautaire, la relation à distance se réfère à un cadre éthique fort et des valeurs partagées telles que le respect et l’écoute, le non-jugement de l’appelant, la prise en considération des personnes dans leur singularité et leur globalité.

Par ailleurs, la relation à distance concoure aux objectifs de Santé Publique et d’accompagnement social et, de fait, est un relais des Politiques de Prévention et d’Éducation à la Santé : on compose un numéro et on accède immédiatement à l’information validée scientifiquement, à un soutien, à une orientation. C’est aussi l’endroit où les personnes peuvent poser toutes les questions qu’autorise la relation à distance anonymisée (ou sous couvert d’un pseudonyme avec les outils du web) et confidentielle.

Avec le temps, la relation d’aide à distance s’est affirmée comme complémentaire des interventions traditionnelles du social, du psychologique et du médical.

Enfin, par son expertise de la relation à distance dans le domaine des infections à VIH/Sida, des hépatites, des Infections Sexuellement Transmissibles, de la Contraception et de l’IVG, Sida Info Service est sollicité pour apporter un soutien méthodologique et logistique dans la mise en place au Sud de lignes téléphoniques dédiées à ces thématiques.

SIS est identifiée à l’international comme la structure de référence dans le transfert d’ingénierie, de pratiques et de savoir–faire en matière de relation d’aide à distance vers les pays en développement. Le téléphone mobile représente un outil central d’information, de prévention et d’orientation. L’action de l’association consiste à soutenir la création de dispositifs nationaux ou le renforcement des dispositifs existants. Ils ont une fonction importante dans le renforcement et l’extension de la réponse nationale au VIH/sida.

SIS renforce les capacités des associations partenaires par :
- la recherche de financement ;
- la formation de la coordination ;
- la formation des écoutants (initial ou continue) ;
- l’ingénierie en informatique et en téléphonie ;
- la mise en place des outils d’évaluation et de restitution des appels ; mise en réseau des partenaires (stage sud/sud) ;
- l’aide dans les actions de communication.

L’aide à distance (téléphone et internet) offre, grâce à l’anonymat, la confidentialité et la gratuité, un espace de parole libérée et protégée dans les sociétés où le sida reste tabou. SIS est également en charge de la formation dans 7 pays des conseillers psychosociaux intervenants au sein des programmes ESTHER. Elle est membre de la plate-forme ELSA.

Les expériences dans le cadre du programme ESTHER de formation des Conseillers Psycho-Sociaux (CPS) mettent toutefois en évidence les effets pervers du dépistage. L’incitation au dépistage est primordiale dans la lutte contre le VIH/sida. Tout le monde s’accorde à le reconnaître, et on sait les conséquences d’un dépistage tardif en termes de prise en charge. Pourtant, la révélation de la séropositivité au VIH est fréquemment suivie d’une exclusion familiale, communautaire et sociale. C’est particulièrement vrai pour les femmes à qui on propose un dépistage au moment de leur grossesse. Très souvent, l’institution du mariage implique une soumission au mari. Le simple fait d’accepter un dépistage sans l’accord du mari constitue une source de conflit, conflit renforcé par le résultat positif. La femme risque alors d’être purement et simplement chassée et mise à la rue, parfois avec ses enfants. Si elle ne trouve pas de soutiens financiers et psychologiques auprès de sa famille, ce qui représente malheureusement le cas majoritaire, elle devra survivre en trouvant de quoi manger et se loger, Prendre soin de soi et de sa santé devient alors un luxe. La prise en charge globale nécessite de soutenir les programmes sociaux d’aide aux personnes qui acceptent la réalisation d’un test. Sans quoi, l’incitation au dépistage, étape essentielle dans la lutte contre la pandémie VIH, se heurtera à encore plus de résistances.

On peut aussi noter dans l’action du programme ESTHER le développement de compétences chez les CPS qui, sans être soignants, participent pleinement à la dynamique du soin. Ils forment un relais essentiel avec l’équipe soignante, tant dans l’accompagnement des PVVIH sur les lieux de soins (explication de l’intérêt des traitements, du suivi, de l’observance) que dans leur rôle d’information, de prévention et de médiation dans la communauté. En outre ils sont d’une aide précieuse pour toutes les situations méritant des interventions du système social en place.

Contribution de Denis da Conceiçao Courpotin

1 - Aider les pays à actualiser les programmes nationaux : documents normatifs : exemple le diagnostic et le traitement précoces des enfants nés de mères VIH +
2 - Renforcer l’information de la population générale ; exemple la PTME avec l’IEC par les associatifs, les radios et télévisions
3 - La spécificité des adolescents face aux maladies chroniques 
4 - L’accès universel des femmes et des enfants aux soins (Gratuité) : le genre
5 - Aider les pays à la cartographie des centres de soins et surtout du plateau technique biologique
Réinsertion professionnelle des patients marginalisés par la maladie

Contribution d’Alice Desclaux (IRD Dakar, UMR 145)

Concernant la prise en charge globale et la recherche, les propositions doivent s’appuyer sur les résultats de recherches opérationnelles qui ont permis d’ajuster les recommandations biomédicales internationales de prise en charge aux spécificités de chaque contexte de prise en charge : ressources limitées, décentralisation, offre de soins pluraliste, patients sous traitement antirétroviral de long durée... D’autre part, une connaissance des contextes sociaux, culturels et économiques, est indispensable pour qu’un guide de prise en charge réponde aux besoins effectifs sur le terrain dans toute la variété des situations locales, et puisse être adaptable, condition pour qu’il soit utilisé. Enfin, il apparaît qu’un guide sur la prise en charge devrait comprendre des éléments spécifiques permettant de l’adapter à des populations particulières. En effet, si les besoins des « populations vulnérables » sont considérés de manière spécifiques pour la prévention, ils le sont beaucoup plus rarement pour ce qui concerne la prise en charge.

L’IRD a mené plusieurs programmes sur ces questions, en collaboration avec l’ANRS, Sidaction et le ministère de la recherche pour ce qui concerne le VIH (travaux de l’UMR 145). L’approche dans ce domaine a reposé sur une collaboration avec les sites ANRS, notamment le CRCF (Centre régional de recherche et de formation à la prise en charge du VIH et des maladies associées de Fann) qui mènent des recherches à visée appliquée et d’approche multidisciplinaire. Ces travaux ont (ou ont eu) notamment pour objectifs de :
- Définir des protocoles thérapeutiques adaptés aux contextes de ressources limitées (Essai Triomune, Essais de traitements de seconde ligne 2LADY) afin de proposer des stratégies faisables
- Préciser les besoins en matière de prise en charge globale des patients sous traitement ARV depuis dix ans (ANRS 1215, CRCF Dakar) afin de proposer le contenu d’un suivi bioclinique, psychologique et social, adapté aux patients sous traitement de longue durée
- Connaître l’offre et les choix thérapeutiques des patients en matière de traitement alternatif et « néo-traditionnel » en Afrique (ANRS et Sidaction, étude Sénégal, Burkina Faso, Bénin) afin de préciser les recommandations à proposer à cet égard
- Comprendre les déterminants du déficit de recours aux soins des hommes (par rapport aux femmes) en matière de VIH (Burkina Faso, Cameroun) afin de réduire les inégalités de genre et de faciliter la gestion du VIH dans les couples
- Comprendre comment s’articulent les différents rôles des femmes concernées par le VIH (en tant que mères, partenaires et individus) (numéro de Social Science and Medicine à paraître : Women, Mothers and HIV/AIDS care in resource-poor settings) afin de préciser leurs besoins
- Connaître les dimensions sociales et les rapports aux systèmes de soin qui déterminent les modalités de la prise en charge de la procréation et des jeunes enfants dans le contexte du VIH (recherches en cours à Dakar, Yaoundé et Bobo-Dioulasso) afin d’organiser la « prise en charge familiale »
- Connaître les nouvelles formes de la stigmatisation vis-à-vis du VIH et des personnes « socialement vulnérables » (homosexuels, travailleuses du sexe, personnes incarcérées, etc.) et leurs effets sur la prise en charge

Sur ces questions, un certain nombre de ressources sont déjà disponibles pour orienter les recommandations.

Contribution de Bernard Larouzé (Inserm – UMR 707)

Les documents qui nous sont parvenus traitent pour l’essentiel du VIH alors que la réflexion est censée porter sur tuberculose (TB), paludisme et VIH. Cela montre à quel point le sida est devenu LE problème de santé publique avec le risque d’occulter d’autres problèmes majeurs. Dans une approche globale, l’on pourrait souhaiter que au minimum la TB et le VIH soient envisagés conjointement. Chacun sait que, dans de nombreux pays, les deux programmes (TB et VIH) co-existent plus qu’ils ne collaborent malgré les liens immédiats aux plans épidémiologique et clinique entre ces deux infections. La difficulté est de traduire cette proximité au plan opérationnel.

La dimension « politiques publiques » de cette prise en charge globale est peu présente dans les textes qui nous ont été envoyés. L’on ne saurait concevoir une approche « globale » sans analyse relevant des sciences politiques : quels sont les acteurs actuels et potentiels de cette prise en charge dite globale ? Quelles sont les institutions concernées (qu’elles relèvent du domaine public ou qu’il s’agisse d’ONGs) ? Comment coopèrent-elles de façon formelle et informelle ? Comment optimiser ces coopérations ?

Pour ces affections qui touchent préférentiellement les pays du Sud, il est inconcevable de ne pas impliquer ces pays pour que, à nouveau, les mesures recommandées ne le soient pas par les pays du nord et leurs soi-disant experts. Ceci est d’autant plus important que les systèmes de santé sont d’une grande hétérogénéité d’un pays à l’autre et, parfois, à l’intérieur d’un même pays. Comme le montre la démarche brésilienne dans le domaine du sida, le problème est bien d’inciter les structures périphériques à élaborer elles-mêmes des plans adaptés aux potentialités et situations locales. Cette implication n’implique pas nécessairement des réunions et colloques qui restent parfois très formels mais une consultation sur la base de quelques éléments d’orientation.

Contribution de Guillaume Le Loup (Inserm et Hôpital Tenon)

Un des aspects limitant la prise en charge globale du patient est la fragilité, voire l’absence, d’un parcours de soins et de suivi associant de façon cohérente et continue les différents services de santé intervenant dans la prise en charge.

Un exemple simple est celui de patients pris en charge dans une unité de soins primaires et nécessitant, en raison de leur état de santé, une hospitalisation urgente dans un centre de haute complexité (niveau 3), le transfert de l’une à l’autre devant être organisé, faute d’ambulance, par les patients eux-mêmes ou leur famille, si ils en ont, et à leur frais, ce qui est fréquemment impossible.

De manière générale, la coopération entre les différents niveaux de complexité du système de santé, et entre les programmes (VIH, tuberculose, paludisme), est souvent limitée et retentit directement sur le parcours de soin du patient, alors que même l’importance des co-morbidités, en particulier des co-infections (TB-VIH, Paludisme et VIH), est reconnue.

Au-delà de la coordination des acteurs de santé, se pose le problème de la cohérence des stratégies mises en œuvre par les différents programmes et des moyens de les harmoniser. La prise en charge de la femme au cours de la grossesse (dépistage des complications éventuelles de la grossesse, prévention de la transmission mère-enfant du VIH et de la syphilis ; traitement préventif intermittent du paludisme) et celle du nourrisson (vaccinations, traitement préventif intermittent du paludisme, nutrition) sont des révélateurs de la capacité des acteurs de santé à construire un parcours de soin assurant une prise en charge globale, préventive et curative, en milieu de soins et au sein de la communauté.

Les problèmes posés dépassent évidement le débat classique mais réducteur entre programme vertical, centralisé, spécifique d’une maladie, et système de santé intégré, décentralisé, horizontal. Pour apporter des réponses à ces différents problèmes, les approches en termes d’analyse de politique publique et de sociologie des organisations, focalisées sur les mécanismes de mobilisation des acteurs de santé et leurs modalités de coopération, peuvent apporter des éclairages utiles, comme nous avons tenté récemment de le montrer dans le cas du Brésil.

Contribution de Francoise Linard (Psychiatre, Hôpital Tenon)

Si le concept de prise en charge globale ne peut que susciter notre approbation, il reste important aujourd’hui encore d’en définir son contenu.

Je propose donc que l’on s’interroge sur la terminologie employée, en particulier à propos du qualificatif «psycho-social». Ce terme comprend deux aspects : le «psycho» et le «social». Concernant le «psy», on constate sur le terrain, celui de la prise en charge et celui de la formation des personnels, que le flou du concept correspond à des difficultés importantes de prise en charge : le diagnostic des troubles (dépression, angoisse, idées suicidaires, états maniaques...) n’est souvent pas établi. La différenciation d’avec les conséquences d’affections somatiques (anorexie, asthénie..) ou d’avec les effets indésirables de certains traitements (état dépressif, troubles du sommeil...) n’est pas toujours faite.

La prise en charge est souvent impressionniste, les traitements lorsqu’ils existent, ne sont pas toujours prescrits, et les techniques psychothérapeutiques sont souvent mal connues.

Si l’on ne veut pas que l’aspect «psy» de la prise en charge ne se résume pas à l’apport d’un soutien et d’un réconfort (certes primordiaux), il faut que les patients aient droit à des traitements et que les personnels aient accès à des formations.

Définition de la prise en charge globale

Ce qui mériterait d’être défini est ce que nous entendons par prise en charge globale.
Ainsi, nous trouvons comme définition que la prise en charge est une intervention qui vise à s’occuper d’une partie importante ou de toute la problématique d’une personne ayant des incapacités. (Source BLOUIN, Maurice ; BERGERON, Caroline. Dictionnaire de la réadaptation. Tome 2 : termes d'intervention et d'aides techniques. Québec : Les Publications du Québec, 1997, 164 p., p.60 cité par http://www.med.univ-rennes1.fr/sisrai/dico/1895.html).
Si nous conservons cette idée de prise en charge, nous aurons donc à définir les incapacités et en particulier, celles qui concernent l’accès à des solutions bénéfiques pour une meilleure santé bio-psycho-sociale et aussi comment nous allons permettre à la personne de faire siennes ces capacités qui lui échappent.
Pour notre part, nous préférons à l’idée de prise en charge celle d’accompagnement global centré sur la personne.
Cet accompagnement nécessite deux considérations, l’une concerne la connaissance des réponses possibles aux problèmes rencontrés par la personne qu’ils soient d’ordre sanitaire, social ou juridique. L’autre est la capacité relationnelle de l’accompagnant qui va faciliter les prises de décision et l’engagement dans l’action de la personne pour faire face à son problème de santé et l’améliorer. Ces deux aspects sont aussi importants l’un que l’autre.
Les réseaux informels, constitués de professionnels et de bénévoles soucieux d’un d’accompagnement global des personnes, se sont constitués à partir d’affinités souvent indéfinissables et basées le plus souvent autour de systèmes de valeurs semblables. Ce qui paraît donc essentiel est un état d’esprit commun qui va assurer une certaine continuité du soin. Une charte pourra définir cet état d’esprit. Elle sera la première étape pour développer ensuite des référentiels communs et acquérir les compétences relationnelles nécessaires pour faire vivre l’état d’esprit défini par la charte.
Une prise en charge globale nécessite donc de définir les objectifs, les stratégies et un bon repérage des acteurs nécessaires pour répondre à l’ensemble des problématiques. Elle demande une cohérence intentionnelle de ces acteurs qui composent le réseau ressource. Elle nécessite la mise en œuvre de bonnes pratiques relationnelles visant à faire émerger la motivation et l’engagement des personnes dans leur propre prise en charge global de leur santé. Il s’agit donc d’un état d’esprit basé sur l’expertise de chacun des acteurs y compris l’expertise des personnes accompagnées.

Monia Lambert
Coordinatrice du RESSY (Réseau Santé Sud Yvelines) juillet 2009
0033 (0) 6 42 10 36 26

Contribution de Pascal Revault (Comede)

I. La contribution de Bernard Larouzé et notamment l'enjeu autour de l'incitation des structures périphériques à élaborer des plan, à travers un partenariat entre Etat et société civile (Brésil) est à souligner.

II. Concernant la définition de la prise en charge globale, je vous recommande de vous référer au document L'accompagnement psychologique et social des personnes vivant avec le VIH, ESTHER, 2008.
Page 235 vous avez la définition des soins complets de l'OMS de façon spécifique au VIH, qui a d'ailleurs été utilisée par ESTHER pour l'évaluation du programme de 2002 à 2008.
Page 14, le schéma tiré et adapté de FHI résume la globalité des soins.
Page 8 dans le préambule, vous avez quelques éléments de discussion sur la prise en charge globale.

III. Concernant les priorités de santé publique dans le domaine des soins et de l'accompagnement global, trois axes n'ont pas été assez abordés et il est difficile aujourd'hui d'espérer des progrès en matière de recul de la pandémie à VIH sans s'y atteler :

1. La mise en place de véritables espaces de décisions partagés sur l'orientation des programmes de coopération internationale fondée sur des projets de co-développement entre pays riches et pauvres et non plus centrés sur une expertise en direction des pays en développement ou encore focalisée sur l'attribution de fonds (à l'image du Fonds Mondial par exemple). En ce sens la mise en place d'équipes européennes d'action semble peu appropriée : n'est il pas urgent en revanche de mettre d'emblée en place des équipes transnationales sur des projets concertés en réseaux ? C'est à travers cette rencontre qu'un guide de soins et d'accompagnement global peut s'écrire et prendre toute sa place.

2. L'évolution des programmes aujourd'hui essentiellement verticaux sur le VIH (ce qui ne veut pas dire que cette verticalisation n'était pas nécessaire au départ, le problème est posé par sa durabilité et ses effets sur le système de santé aujourd'hui) vers des programmes intégrés et donc le renforcement des systèmes de santé en priorité en lieu et place de programmes verticaux ou "VIH-TB-paludisme" (Brown H., 2007, "Feature Global Health, Great Expectations", British Medical Journal 334, 874-876) à travers la formation des personnels et l'organisation du suivi et de l'évaluation, de la recherche, indispensables pour réaliser une continuité des soins à travers la maîtrise des enjeux liés au développement de la pandémie à différentes échelles et par les autorités sanitaires.

3. Une véritable évolution politique de cessation des monopoles sur les brevets des médicaments et des produits biomédicaux est nécessaire pour éviter une nouvelle crise de l'accès aux traitements et aux suivi (deuxièmes lignes d'antirétroviraux, réactifs d'examens...). Cette évolution ne peut se limiter au concept d'un accès aux traitements, mais doit envisager le développement de productions locales de traitements, améliorer les politiques pharmaceutiques nationales en réseaux... pour s'inscrire de façon durable et répondre à une équité entre les Etats. En ce sens un positionnement européen serait bien utile.

4. Des thèmes de recherches pourront contribuer au développement d'une "prise en charge globale", dont :

i) l'amélioration de la qualité des soins, du suivi des personnes et de leur capacité à s'inscrire dans le soin à travers le retentissement de l'enseignement et de l'organisation des soins sur la relation entre soignants et soignés;
ii) la comparaison de stratégies de dépistages et de traitements innovantes qui sont pour l'instant assez cloisonnées et qui pourraient bénéficier d'une approche de soins de santé primaires d'ailleurs promue à nouveau par l'OMS (à travers la valorisation de la délégation de soins, l'approfondissement des consultations prénatales en couple...);
iii) la question de la santé mentale est souvent évacuée alors qu'elle est prégnante et que les acteurs de terrain la mentionnent souvent comme un facteur de limitation du soin, ou encore cette question est abordée uniquement à travers la relation d'aide/l'éducation thérapeutique. La mise en place de réponses adaptées, jusqu'à la psychothérapie de façon intégrée aux soins pourraient bénéficier de recherches évaluatives.

Contribution de Cristina Possas (Brésil)

Pour une orientation de la prise en charge globale dans le cadre du Programme Européen d´Action, il faut considérer ses diménsions éthiques et de régulation, y inclus les droits de propriété intellectuelle des médicaments anti-rétroviraux et des outils de suivi et ses répercussions sur les prix et les conditions d´accès aux services de santé.

L´accès aux soins est au centre des préoccupations de la communauté internationale, mais il faut considérer que c´est surtout la généralisation des traitements anti-rétroviraux aux pays les plus pauvres qui est en jeu à l´agenda globale du financement.

Il faut donc analyser, dans cette perspective, les difficultés actuelles d´accès à la prévention, au dépistage et au traitement du VIH/SIDA et de la tuberculose par les populations de ces pays. Il faut y souligner l'importance des stratégies d´accès universel au soin, de sa continuité et de sa surveillance, en particulier en ce qui concerne le suivi laboratoire et clinique des patients traités.
L´expérience du Département MST/SIDA du Ministère de la Santé brésilien est un bon exemple d´un pays en développement qui a réussi dans sa politique d´accès universel aux médicaments anti-rétroviraux et aux outils de suivi, avec une approche integrée de prévention et traitement des MST et du VIH/SIDA fondée sur les droits humains, avec l´engagement politique et la mobilisation de tous les acteurs de santé publique et de la société civile.

Une telle approche integrée permettra dépasser, par l´éducation, la prévention et une vraie politique d'accès universel, les conditions dans ces pays qui favorisent l´inobservance et l´interruption du traitement du VIH et de la tuberculose. Cette politique doit être orientée par un programme solide de recherche scientifique et transdiciplinaire, y inclus la recherche opérationnelle, la seule stratégie capable de conférer la nécessaire qualité à la généralisation du traitement dans un quadre internationale si complexe.
Ce programme de recherche doit surtout considérer les conditions spécifiques de chaque contexte et aussi l´importance d´une stratégie orientée à l´innovation, soulignant l´importance des futures alternatives téchnologiques pour la prise en charge (vaccins préventifs et thérapeutiques et microbicides).
Ce programme de recherche doit aussi prioriser l´analyse de la capacité locale de chaque pays pour le développement des médicaments anti-retroviraux et outils de suivi.

Finalement, ce programme doit examiner le rôle des agences internationales de financement dans leurs programmes pour enlargir l´accès aux médicaments anti-rétroviraux dans les pays en développment, la qualité et continuité du suivi de leurs actions programmatiques au niveau des services de santé.

Contribution de Cristina Possas

Les dimensions éthique et de régulation de la prise en charge globale (Cristina Possas, Département MST/SIDA Ministère de la Santé, Brésil et Site Brésil ANRS)
Pour une orientation de la prise en charge globale dans le cadre du Programme Européen d´Action, il faut considérer ses diménsions éthiques et de régulation, y inclus les droits de propriété intellectuelle des médicaments anti-rétroviraux et des outils de suivi et ses répercussions sur les prix et les conditions d´accès aux services de santé.
L´accès aux soins est au centre des préoccupations de la communauté internationale, mais il faut considérer que c´est surtout la généralisation des traitements anti-rétroviraux aux pays les plus pauvres qui est en jeu à l´agenda globale du financement.
Il faut donc analyser, dans cette perspective, les difficultés actuelles d´accès à la prévention, au dépistage et au traitement du VIH/SIDA et de la tuberculose par les populations de ces pays. Il faut y souligner l´importance des stratégies d´accès universel au soin, de sa continuité et de sa surveillance, en particulier en ce qui concerne le suivi laboratoire et clinique des patients traités.
L´expérience du Département MST/SIDA du Ministère de la Santé brésilien est un bon exemple d´un pays en développement qui a réussi dans sa politique d´accès universel aux médicaments anti-rétroviraux et aux outils de suivi, avec une approche integrée de prévention et traitement des MST et du VIH/SIDA fondée sur les droits humains, avec l´engagement politique et la mobilisation de tous les acteurs de santé publique et de la société civile.
Une telle approche integrée permettra dépasser, par l´éducation, la prévention et une vraie politique d´accès universel, les conditions dans ces pays qui favorisent l´inobservance et l´interruption du traitement du VIH et de la tuberculose. Cette politique doit être orientée par un programme solide de recherche scientifique et transdiciplinaire, y inclus la recherche opérationnelle, la seule stratégie capable de conférer la nécessaire qualité à la généralisation du traitement dans un quadre internationale si complexe.
Ce programme de recherche doit surtout considérer les conditions spécifiques de chaque contexte et aussi l´importance d´une stratégie orientée à l´innovation, soulignant l´importance des futures alternatives téchnologiques pour la prise en charge (vaccins préventifs et thérapeutiques et microbicides).
Ce programme de recherche doit aussi prioriser l´analyse de la capacité locale de chaque pays pour le développement des médicaments anti-retroviraux et outils de suivi.
Finalement, ce programme doit examiner le rôle des agences internationales de financement dans leurs programmes pour enlargir l´accès aux médicaments anti-rétroviraux dans les pays en développment, la qualité et continuité du suivi de leurs actions programmatiques au niveau des services de santé.