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Pénalisation de la transmission

Pour le TGI de Paris, la non divulgation du statut sérologique est un délit

C’est une première en France. Dans une affaire concernant une violation de la vie privée —M. X. reprochait à deux personnes d’avoir dévoilé au public sa prétendue séropositivité—, le Tribunal de grande instance de Paris a rendu un jugement surprenant : Le 15 novembre 2011, le TGI de Paris a estimé que «si la santé de tout un chacun est un élément de sa vie privée, il ne peut, dans certaines circonstances notamment quand un risque vital peut être encouru par des tiers, et le tribunal rappelle que le fait de taire sa séropositivité avant d’avoir des relations sexuelles est un délit, être reproché à des tiers de mettre en garde [...] des personnes susceptibles d’être touchées par ce virus».

Ce rendu va plus loin que les précédentes décisions dans le sens d’une pénalisation de la transmission du VIH, et juge que la non divulgation, qu’il y ait eu exposition ou non au VIH de l’autre personne, est un délit. Pour Etienne Deshoulières, avocat de M. X., «on ne peut pas laisser passer ça. Quelqu’un qui est séropositif mais qui a des relations sexuelles protégées n’est pas un délinquant.»

Le TGI de Paris a donc débouté M. X, en décidant que «le droit à la vie privée de chacun s’efface devant les nécessités de l’information de sorte que la demande de M. X fondée sur l’article 9 du Code civil est mal fondée et qu’il en sera débouté».

Auparavant, la Cour de cassation avait condamné, pour administration de substances nuisibles1, un porteur du VIH qui «connaissant sa contamination déjà ancienne au VIH pour laquelle il devait suivre un traitement, (...) a entretenu pendant plusieurs mois des relations sexuelles non protégées avec sa compagne en lui dissimulant volontairement son état de santé et a ainsi contaminé par la voie sexuelle la plaignante, désormais porteuse d'une affection virale constituant une infirmité permanente»2.

Une nouvelle jurisprudence ?

Ce qui surprend en premier lieu, c’est que le TGI est allé au-delà de ses prérogatives et s'avance sur le terrain du juge pénal. Il n'y a pas eu de plainte de tiers contaminés contre M. X. (au pénal, pour administration de substances nuisibles), mais une plainte de M. X. contre deux personnes (au civil, pour atteinte à la vie privée).

Pour rappel, au pénal, l'infraction d'administration de substances nuisibles est constituée de deux éléments : un élément matériel qui est la transmission du virus, et un élément moral qui est la connaissance de sa séropositivité.

La portée de cette jurisprudence reste limitée: «La décision a été prise en matière civile, précise Etienne Deshoulières. Elle n'a donc vocation a faire véritablement jurisprudence qu'en matière civile concernant le respect de la vie privée. Toutefois, la vie privée étant également protégé par le droit pénal, cette décision peut tout à fait être interprétée, en droit pénal, comme faisant obstacle à la condamnation pénale d'une personne ayant révélé au public la séropositivité ou prétendue séropositivité d'une autre personne.»

En France, malgré ce que déclare le TGI, la non-révélation de son statut sérologique avant un rapport sexuel n’est pas un délit, contrairement à la loi Canadienne, par exemple, qui ne prend pas en compte, le recours, ou non, à une protection comme le préservatif ou un traitement ARV.

Le droit à l’information

Sur quoi se base le tribunal  pour rendre cette décision ? Le TGI rejette la demande de M. X., au motif que «le droit à la vie privée de chacun s'efface devant les nécessités de l'information».  En l'espèce, M. X. agissait en violation de sa vie privée, sur le fondement de l'article 9 du Code Civil : «Chacun a droit au respect de sa vie privée.» Habituellement, l'article 9 est utilisé contre la presse à scandale, lorsque des photos volées sont publiées par exemple. C'est donc dans le sens donné au mot «information» qu'il y a une évolution de la jurisprudence.

On peut alors analyser la décision comme une volonté du juge de dégager de ce cas particulier une règle générale, et de découvrir un intérêt relatif à la santé qui serait supérieur au droit à la protection de la vie privée.

Le jugement fera sans doute l’objet d’un appel. M. X. pourrait alors contester que les rumeurs de séropositivité et la connaissance de son statut sérologique soient pertinents aujourd'hui, grâce au consensus scientifique autour du Treatment as Prevention (TasP), comme cela a déjà été plaidé en Suisse.

Merci à Caroline Gely pour son aide précieuse.

  1. 1. Articles 222-15 et 222-9 du Code pénal
  2. 2. Cour de cassation, Chambre criminelle, 5 oct. 2010, n° 09-86.209

Commentaires

cette décision de justice est très choquante

car on ne peut pas exiger des séropos, qui plus est quand ils ont une sexualité protégée et qu'ils sont sous traitement en cv indétectable donc non-contaminants, qu'ils révèlent leur statut dans le contexte actuel de forte stigmatisation et discrimination, la révélation du statut a une contrepartie évidente : la non stigmatisation et non discrimination...

décision consternante

Il n'est pas d'usage de commenter une décision de justice. Mais voilà. Le Tribunal n'est pas infaillible sur des sujets qu'il méconnaît totalement. Voici pourquoi cette décision est consternante et ne va pas aller vers la connaissance de son statut sérologique : le TGI de Paris a jugé qu'un séropositif qui tairait sa séropositivité dans une relation sexuelle (même protégée) commettrait un délit et toute personne connaissant son statut serait fondé à le dénoncer. Mais où va notre société ? Comme l'a encore confirmé le Conseil National contre le Sida, la responsabilité de la prévention ne peut pas porter que sur les personnes vivant avec le VIH - dans une relation sexuelle c'est forcément une responsabilité partagée. D'autant que le tiers des personnes infectées ne connaissent pas leur statut... Dans un contexte de judiciarisation de la société, comment inciter les gens à se dépister dans ces conditions ? Et comment éviter la discrimination croissante des personnes vivant avec le VIH ? Et soyons justes, ce jugement en 1985 était peut-être entendable dans un contexte d'ignorance et de peur, mais depuis on sait qu'une personne séropositive sous traitement avec charge virale nulle et contrôlée n'est pratiquement plus contaminante. Si on voulait vraiment aller dans le sens de la protection du risque il faudrait imposer le dépistage avant un rapport sexuel car en cas de virus non traité il est alors très contagieux. Mais l'obligation est contre productive, il faut plutôt convaincre et préparer le patient à une telle annonce de séropositivité. Ce genre de décision de justice est en fait totalement contraire à toute politique de santé publique.

Pour le TGI de Paris, la non divulgation du statut sérologique e

Une réflexion toute bête me vient à l'esprit ,même si je dis mon statut sérologique on pourra toujours me rétorquer que je ne l'ai pas dit , qui prouve quoi? ce sera ma parole contre celle de mon partenaire cela n'a pas de sens non?

Le comble !

Pas question de laisser passer cela ! Peut-être que mon message précédent a été censuré, mais bon, les principaux intervenants qui commentent ce sujet appartiennent tous à des associations qui sont les premières à avoir bloqué l'information sur le non transmissibilité liée aux traitements, pompiers pyromanes ! Phil 86, quand on n'est pas d'accord sur un tel sujet, on ferme sa gueule ou on démissionne, parce que tes petits copains de yagg ne sont pas tous blancs blancs sur la question.
Non seulement les assos sida ne réagissent pas, n'informent pas, mais elles ont le culot de s'indigner de cette situation dont elles sont pleinement responsables.

Penalisation de la transmission du ViH

C'est vrai que cela paraît cynique de cacher sa séropositivité à son/sa partenaire sexuelle Cependant la question mérite une profonde réflexion car, si le TGI condamne M X pour avoir caché sa séropositivité à sa compagne que fera t-il de tout ceux qui entretiennent des relations sexuelles non protégées sans avoir une seule fois de leur vie fait le test de dépistage du VIH En d'autres terme cela revient alors à rendre obligatoire le test de dépistage
moi je pense pour ma part que la partenaire sexuelle de m X est tout aussi coupable que M X car elle a été victime de sa négligence car qui dans ce village planétaire dira qu'il ignore l'existence du VIH et ses modes de transmission Pour cette raison chacun, sauf en situation de violence sexuelle, devrait ou est censé exiger de son partenaire sexuelle la preuve de sa séronégativité en matière du VIH
A bon entendeur,Salut !

Indignation !

Je suis séropositif depuis 1989, je ne pense pas avoir à l'époque de cette révélation avoir cherché comment j'avais été contaminé. Je ne m'en suis prit qu'à moi même ! Oui, j'étais seul responsable de ce qu'il m'arrivé ! Aujourd'hui, 30 ans après l'arrivée de cette épidémie. Comment faire porter la responsabilité sur une seule personne ? En amour, il y a bien deux individus, adultes et consentants alors les deux doivent penser l'acte sexuel "sans risques". Je ne demanderais jamais des preuves de séronégativité mais proposerais/éxigerais à chaque fois comme j'ai fait jusqu'alors le préservatif ! Combien de coups ratés à cause de l'annonce de ma séropositivité, je ne les comptes plus ? Mais je l'affirme ici, je suis contre la judiciarisation de la transmission ! Ce n'est ni la voie pour que les personnes se fassent dépister, ni la solution d'une prévention, dont la responsabilité est portée par les deux partenaires. Je vous souhaite à tous une bonne année 2012 et n'oubliez pas, sortez couverts. fréd N, sans haine.

"Le jugement fera sans doute

"Le jugement fera sans doute l’objet d’un appel. M. X. pourrait alors contester que les rumeurs de séropositivité et la connaissance de son statut sérologique soient pertinents aujourd'hui, grâce au consensus scientifique autour du Treatment as Prevention (TasP), comme cela a déjà été plaidé en Suisse."

Faudrait-il déjà qu'il existe un réel consensus sur cette question...

Par ailleurs, il ne me semble pas qu'il soit réellement désirable d'obtenir une révision sur ce motif. Ce qui est choquant ici, c'est le fait que le tribunal ait jugé en fonction d'un délit imaginaire qui n'existe pas dans le droit français. C'est cette décision qu'il y a intérêt à faire annuler, et pas par des dérivatifs.