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France

Rapport Yeni 2010: Le traitement comme prévention s'impose

C'est une cuvée exceptionnelle — et tant attendue — que ce Rapport Yéni 2010. Tout d'abord parce-que sous l'impulsion de différents rapports censés guider les politiques de lutte contre le Sida (avis du CNS, Rapport sur la RDRs, rapport de la Cours des Comptes, rapport de l'HAS sur le dépistage VIH...) la lettre de Mission remise par la Ministre fin 2009 à Parick Yéni avait était substantiellement modifiée.

> Télécharger le Rapport 2010 sur la prise en charge médicale des personnes infectées par le VIH sous la direction du Pr. Patrick Yéni (PDF, 2,7Mo).

C'est ainsi que les nouveaux outils de prévention et les changements à impulser en matière de dépistage VIH figuraient clairement dans le cahier des charges de ces nouvelles actualisations des recommandations nationales. Ainsi que les changements de conceptualisation du When to start? poussés par les théories de l'inflammation chronique, les données de cohortes récentes sur la perte de chance que constitue un taux de CD4 inférieur à 500/mm3 et aussi sous la pression du Tasp (Treatment as Prevention). Tasp, qui semble d'ailleurs glisser, au sein de cette XVIII conférence mondiale sur le sida, n'en déplaise aux rares prophylaxo-sceptiques, vers Treatment is Prevention!

Des recommandations d'experts, qui comme le rappelle la lettre ministérielle de Mission, «constituent une référence nationale pour l'ensemble des professionnels de santé concernés par l'infection par le  VIH ainsi que pour les usagers du système de santé». C'est donc face à ce changement de paradigme espéré et/ou attendu par la grande majorité des acteurs de la lutte contre le sida et dans un contexte d'attente du Plan national de lutte contre le sida (2010-2015) que cette première mouture «provisoire» du rapport Yéni 2010 s'inscrit. Et qu'une rapide lecture sur PDF (non imprimable, un choix regrettable) permet d'en détacher les lignes de force.
Le parti pris du groupe Yéni aura été, semble t-il, de ne changer ni la méthode ni le groupe central d'experts, en dehors des nécessaires actualisations de représentants institutionnels ou associatifs, ni le fonctionnement. «On ne change pas une équipe qui gagne» et plusieurs études dont VESPA démontre que les recommandations d'experts sont particulièrement suivies faisant de ce rapport un modèle à poursuivre. 

Evolutions

Premier changement de taille, le curseur de la mise sous traitement antirétroviral, à l'instar des recommandations nord-américaines est passé de moins de 350 CD4 à la tranche 350-500 CD4. Les patients «asymptomatiques ayant un nombre de lymphocytes CD4 compris entre 350 et 500 mm/3» doivent «débuter un traitement antirétroviral (degrés de preuve BIIa) sauf si le patient exprime qu'il n'est pas prêt (BII)». Le choix des molécules proposées est élargi et ne manquera pas d'alimenter les discussions entre industriels, prescripteurs et personnes atteintes. A noter que dans cette édition le «souhait de réduction du risque de transmission sexuelle» constitue à lui seul une indication au traitement antirétroviral à plus de 500 CD4.

Autre changement, de discours cette fois: la Réduction des risques sexuels (Rdrs), comme la «prévention combinée», fait clairement son entrée dans les bases des recommandations de prise en charge des personnes (pages 43,81, 96,98...), preuve s'il en faut que le terme, comme aime à le souligner Didier Lestrade (fondateur d'Act Up Paris) «ne fait plus problème». On citera par exemple, concernant l'outil de prévention que constitue le contrôle de la charge virale, cette phrase page 98 permettant de mesurer le chemin parcouru : «Dans les relations stables, entre personnes séro-différentes ou séro-concordantes, le contrôle de la charge virale doit être considéré comme une méthode de réduction des risques supplémentaire et efficace lorsque le préservatif n'est pas utilisé». Le volet Prévention positive s'ouvre clairement à la lecture de ces 418 pages même s'il semble plutôt laissé à la responsabilité des associations et des Agence de santé régionales (ARS).

Pour la première fois, le rapport envisage de façon détaillée a procréation naturelle dans les couples et le soutien à leur apporter ce qui était de longue date le combat du Comité des Familles. Avec comme illustration cette recommandation page 182 : «Aider le couple à repérer la période d'ovulation pour les limiter les rapports non protégés à la période de l'ovulation (Biib)».

— N.B.: France Lert était membre du groupe de travail « Conditions de vie pour un succès thérapeutique » et Gilles Pialoux était membre du groupe de travail « Co-infections par le Vih et les virus des hépatites ».

>>> Vienne 2010
Toute l'actualité de Vienne 2010 est sur Vih.org. A l'occasion de la conférence, Vih.org s'associe à Libération.fr et Yagg.com. Les photos et l'ambiance de la conférence sont sur Vu, le regard de Vih.org.

Commentaires

désespérant comme une envie de déserter

Mais on n'est jamais vraiment tout seul dans un désert...

[Modération 22/07/10 : Ce qui est publié sur Facebook est une conversation privée. Nous ne pouvons pas le publier.]

Tiens, vous avez zappé mon

Tiens, vous avez zappé mon commentaire...

Aujourd'hui je suis séroneg

On est en plein délire et très clairement il y a de quoi se demander ce que signifie le recours à certaines personnalités pour le justifier.

Alors que la prévention était censée être de la plus haute importante dans ce rapport, elle n’a en réalité fait l’objet d’aucune discussion d’experts.

De tour de passe passe en manipulations, des textes ont été produits à l’arrache et sans discussion. Le groupe central du rapport s’en étant inquiété, un nettoyage rapide a été fait en laissant passer des ambiguïtés sur lesquelles aujourd’hui on s’accroche pour donner sens à ce rapport.

Un manque de sérieux qui pèsera lourd à l’avenir sur la crédibilité de ce rapport. Surtout, une irresponsabilité crasse de fossoyeurs.

Désespérant et comme une envie de déserter.
Aujourd’hui, je suis séroneg et je ne veux plus me battre pour les séropos !

OPA des séropos qui baisent sans capote et qui cherchent une justification pour les risques qu’ils font prendre à autrui.

Clientélisme et réassignation dans un discours « préventif » de prétendus acteurs de la lutte contre le sida qui participent individuellement à la propagation de l’épidémie.

Logique de gestion de l’épidémie plutôt que volonté d’y mettre un terme. Le sida est aujourd’hui devenu un business ! Rien de mieux que d’affirmer le contraire pour faire un écran de fumée.

Censure des séronegs qui expriment un malaise face à l’épidémie et au poids qu’elle fait peser sur leur sexualité et leur vie.

Responsabilité accablante d’organisations qui reçoivent des millions comme Aides pour ne rien faire. Sur 450 salariés, 2 consacrés à la prévention gay en Ile de France alors que s’y concentre la moitié des infections et qu’aujourd’hui 50% des infections ont lieu chez les gays.

Complaisance et approche compassionnelle qui maintien les gens dans la dépendance au lieu de les rendre acteurs de leur vie. À grand renfort de slogans débiles « le risque 0 n’existe pas », « on ne peut pas se protéger tout le temps » dont on se demande en quoi ils peuvent renforcer les gays dans leur prévention.

La coulpe ne serait pas complète sans s’obstiner à ne pas vouloir interroger les rapports que les gays entretiennent entre eux et la falsification de notre liberté sexuelle.