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Livre

VIH/sida : Se confronter aux terrains

Gabriel Girard a dirigé, avec Fannny Chabrol, l'ouvrage VIH/sida, Se confronter aux terrains. Expériences et postures de recherche, qui expose les difficultés que peuvent rencontrer les jeunes chercheurs en Sciences sociales pour mener à bien leur enquête de terrain, que celles-ci soient d’ordre méthodologique, éthique ou politique. Les auteurs ont accepté de nous présenter leur ouvrage et Vih.org a rencontré Gabriel Girard lors de la 5e conférence francophone de lutte contre le sida, à Casablanca, en mars dernier.

> L'ouvrage est disponible au téléchargement sur le site de l'ANRS : VIH/sida, Se confronter aux terrains. Expériences et postures de recherche (PDF, 4,3Mo)

Ces dernières années, la question de la réflexivité du chercheur est fréquemment invoquée, tant dans les débats entre chercheurs que dans les échanges avec ces acteurs de la recherche que sont les personnes « enquêtées ». A travers le terme de réflexivité, il s’agit de mieux comprendre les conditions dans lesquelles un chercheur réalise son travail d’enquête. Une question qui invite à expliciter le degré d’implication du chercheur vis-à-vis de l’objet – et des sujets – de la recherche, autant que sa légitimité à rendre compte de ce qu’il observe.

Au-delà de la posture de recherche, modelée par des apprentissages académiques, l’objet même de nos travaux joue un rôle fondamental. Le VIH/sida cristallise des formes d’inégalités, de violences, de discriminations qui obligent le chercheur à s’interroger.

Le travail collectif à l’origine de ce volume

Cet ouvrage a pour origine des journées doctorales intitulées « Implication, réflexivité et positionnement des jeunes chercheurs en sciences sociales travaillant sur le VIH/sida » organisées à Paris, en avril 20081. Au terme de ces rencontres, plusieurs préoccupations communes se sont dégagées, confirmant les attentes initiales des organisateurs, mais soulignant également des effets inattendus des échanges. Le premier axe concerne les caractéristiques de notre champ de recherche, marqué par le fort engagement des personnes touchées par le VIH comme des acteurs politiques et des acteurs de la recherche. Cette configuration, notamment dans nos relations avec les ONG, constitue un enjeu spécifique de positionnement pour les chercheurs.

Dans ce contexte, les tensions entre un désir spontané d’implication au côté, ou « au nom » des personnes enquêtées et l’exigence académique de distanciation nous sont apparues comme un sujet de discussion incontournable. Les journées doctorales n’ont évidemment pas permis de réduire cette tension, mais tout du moins de l’envisager comme une contrainte productive, dont la prise en compte relève de la démarche de recherche.

Ces échanges ont mis en lumière l’un des effets de l’isolement au sein des laboratoires, lorsque l’on mène une thèse sur le VIH/sida. À la différence des sciences « dures », notamment biomédicales, une thèse de sciences sociales relève encore souvent d’un travail solitaire faiblement inséré dans des projets de recherche collectifs. Pourtant les débats ont souligné à quel point les cadres communs et formalisés d’échange d’expériences de terrain représentent un aspect essentiel du travail de thèse et un atout pour la socialisation et la professionnalisation des jeunes chercheurs.

Une communauté d'expérience professionnelle

Enfin, une certaine communauté d’expérience professionnelle s’est dessinée. Le statut de «jeune chercheur» ou de «doctorant» crée en effet des conditions de recherche comparables, offrant ainsi un cadre de réflexivité partagée, sans nier bien entendu les différences de conditions entre nous. La précarité de nos statuts, dépendante de l’accès – ou non – à un financement de thèse, aux conditions d’accueil dans les laboratoires ou aux incertitudes sur «l’après-thèse», s’est imposée comme un questionnement déterminant pour notre activité scientifique.

La création en juin 2008 du réseau «Jeunes chercheurs en sciences sociales et VIH/sida» résume sans doute les effets inattendus de ces journées doctorales, expression collective du besoin de renouveler les moments et les formes de partage d’expériences. Ce réseau, soutenu par l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), vise notamment à assurer un caractère permanent et dynamique à ces échanges. Forts de ces riches échanges, nous avons pu engager le travail de publication des contributions.