Atelier Casablanca 2010
Le traitement antirétroviral peut-il servir de prévention?
Cet atelier de la Conférence VIH/sida de Casablanca 2010 a acté un basculement vers l'acceptation du concept, qui avait pourtant déchiré la communauté francophone lors de son annonce par Bernard Hirschel.
Willy Rozenbaum, président du Conseil national du sida (CNS) français, a revisité l'avis rendu par le CNS en avril 2009 en accentuant la réponse positive à la question de l'efficacité préventive du traitement au niveau collectif, pour conclure au niveau individuel que préservatif plus traitement, c'est mieux, mais qu'à défaut, un seul, c'est déjà beaucoup. Des prises de position fermes ( c'est-à-dire qui rendent compte de l'état actuel des connaissances et des interrogations) sont désormais nécessaires pour traduire ce que l'on sait aujourd'hui dans une information utilisable par les personnes concernées, et pas seulement dans le colloque singulier entre le médecin et la personne mais de façon plus large par l'information préventive et ses relais naturels que sont les associations et les canaux de la prévention classiques.
En effet, le traitement par son efficacité même redonne l'énergie, le désir, l'image de soi qui permettent de réinvestir la sexualité comme l'a montré la présentation de K. Sow décrivant la dynamique de la perception du risque de transmission parmi les patients de Dakar. Des processus multiples, entre autres la pression au mariage et à la procréation quand la personne va mieux, auxquels est venu s'ajouter l'écho de la Déclaration suisse conduisent les personnes concernées à s'affranchir de l'usage du préservatif.
Compensation et observance
La crainte d'une compensation - baisse du risque lié à la transmissibilité du virus et augmentation des actes comportant une exposition potentielle - est souvent mise en avant. Les données recueillies dans l'essai Stratal au Cameroun, montrent que les personnes sous traitement se protègent davantage que les personnes non traitées. Pour Bruno Spire qui présentait l'étude, c'est le contact répété avec les structures de soin, les contacts autour de l'observance, l'éducation à prendre soin de soi qui soutiennent cette observation qui vient confirmer les données plus anciennes de la littérature.
L'usage des ARV peut aussi améliorer les conditions de la procréation dans les couples sérodifférents, comme l'a montré Roland Tubiana (Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière, Inserm U943, Paris), en permettant de plus en plus souvent de planifier une procréation naturelle dès lors que le membre du couple infecté est bien contrôlé, voire en prescrivant une PeP et demain une PreP au partenaire non infecté. Cette situation est d'autant mieux accepté car comme l'a rappelé Roland Tubiana, le contexte de la reproduction vit depuis longtemps sous le régime d'un risque résiduel accepté.
Déborah Gleiser, du groupe Sida Genève, a illustré une autre retombée de la Déclaration suisse dans ce pays qui punit de prison le seul fait d'une exposition potentielle d'un partenaire (22 cas en 2009!): En apportant la preuve que l'homme incriminé d'avoir exposé sa partenaire ne pouvait pas l'infecter grâce à l'efficacité de son traitement ARV, le témoignage de Bernard Hirschel a amené le ministère public à ne pas requérir de peine, puisqu'il n'y avait pas de «crime». C'est encourageant tout en étant un peu inquiétant quand on pense aux autres non traités.
La PreP à l'étude
La prophylaxie pré-exposition (PrEP) est dans les tuyaux des grands essais internationaux. En attendant les résultats fin 2010 des essais de PreP continue, un essai de PreP intermittente est en préparation (avancée) en France: prendre une pilule d'ARV avant le sexe et un peu après. Pendant l'été 2009, AIDES a réalisé une enquête sur les lieux de drague et via internet pour apprécier l'existence d'une population de gays répondant aux critères d'être à la fois multipartenaires, preneurs de risque, concentrés sur certains jours pour leur activité sexuelle et acceptant les contraintes d'un essai : venir régulièrement, prendre dans un cas sur deux un placebo sans le savoir, donner du sang, répondre à des questionnaires, etc. (rappelons-le, ce ne sont pas des personnes malades). En fait, 40 % des hommes ayant les critères sexuels requis accepteraient ces contraintes et ce, d'autant plus qu'ils correspondent à la population pour laquelle la PreP pourrait être utile. Ce qui compte le plus, c'est le lieu et les horaires adaptés, ce qui est une gageure dans un essai complexe.
Après la PTME et la PeP, s'ouvre donc une nouvelle page de l'intérêt préventif des ARV. Cette page n'est qu'à peine entamée. Beaucoup d'expériences et d'observations de terrain vont arriver mais il est urgent de créer un nouveau langage de la prévention, de faire un sort au procès en compensation, mais de rester lucide sur les défis à relever : méditons l'expérience de la PTME qui réduit le risque à moins de 1%, la grande majorité des femmes n'y ont pas accès et même quand elles l'ont, ne réussissent pas à l'utiliser complètement.
>>> Casablanca 2010
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Commentaires
de quelques inepties
On peut vraiment s'étonner de la manière avec laquelle on s'acharne à écarter le problème de la dite compensation en citant des études qui ne l'évaluent jamais dans un contexte où le traitement serait conseillé en tant que prévention.
Quant aux retombées de l'avis Suisse sur la pénalisation, désolé, mais que se serait-il passé en cas de transmission ? Dans le cas mentionné, il n'y avait pas eu contamination. Pensez-vous sérieusement que l'avis Suisse changera quelque chose en cas de transmission ?
Quant à Willy Ronzembaum, jusqu'à preuve du contraire, il n'est pas le Conseil national du sida à lui tout seul. Alors qu'aucune donnée résolument nouvelle sur le sujet n'a été publiée dans la littérature depuis un an, on voit mal en quoi un avis si récent serait devenu caduc.
des inepties, non,. Des contributions à la discussion
dans la relation de la session sur le traitement, ce qui est à remarquer c'est le déplacement du débat de la question de l'incertitude autour du niveau très bas du risque vers la discussion d'une stratégie de traitement pour tous : aurons nous les ressources ? les conditions politiques et financières le permettront-elles ? Ce basculement était très sensible à Casablanca dans les interventions et les échanges. C'est une nouvelle période qui s'ouvre où les représentations sociales du risque vont être remaniées et auxquelles les discours et les contenus préventifs devront s'ajuster.
une confusion historique peut-être ?
Sauf qu'à ma connaissance, la question de l'intérêt collectif du traitement en matière de prévention est posée depuis 1999. Cet argument fut d'ailleurs largement employé par Act Up-Paris, par exemple, pour refuser d'opposer traitement et prévention afin de plaider en faveur d'un accès universel au traitement.
Ces positions ont largement été défendues depuis des années par de nombreux chercheurs dont Julio Montaner et la modélisation récente de l'OMS (test and treat) est loin d'être la première du genre. Les études montrant que la mise sous traitement n'est pas nécessairement associée à une augmentation des prises de risques sont en vedettes des conférences depuis des années (c'était par exemple le cas à Toronto il y a trois ans).
Il n'aura donc pas fallu l'annonce des médecins Suisse pour que les termes du débat soient posés. Bien au contraire, la manière dont l'avis Suisse et les propos d'Hirschel ignoraient totalement la question de la situation des PVD était totalement sidérante à l'heure d'une information mondialisée.
Nous ne sommes donc pas, de mon point de vue, passés d'une discussion sur l'incertitude quand à l'annonce Suisse à son hypothétique mise en œuvre pour contribuer à réduire l'épidémie. Pour tous ceux qui s'intéressent à l'accès universel au traitement depuis de nombreuses années, il s'agit simplement de la poursuite d'une discussion déjà largement entamées en la matière et pour lesquelles un consensus existe déjà depuis de nombreuses années.
Il est possible que cela vienne brouiller les représentations sociales du risque. Mais j'ai plutôt l'impression que c'est la confusion entre l'intérêt populationnel du traitement et son intérêt individuel en matière de prévention qui l'entretien.
Très cordialement