Conférence francophone
Casablanca 2010: l’activisme lucide de la cérémonie de clôture
Après quatre jours d'échanges, la conférence francophone s'achève sur un bilan extrêmement positif. 1.577 inscriptions, dont 864 venant de pays du Sud, 1.780 résumés reçus, 537 acceptés, 190 bourses acceptées pour des soignants, chercheurs et représentants associatifs des pays du Sud : Hakima Himmich, présidente de la conférence, et Christine Katlama, présidente de l'Afravih, ont réussi à mobiliser la communauté francophone. Une communauté unanimement convaincue de la nécessité de renforcer les financements de la réponse à l'épidémie et bien déterminée à se faire entendre.
Omar Ndoye, responsable du Réseau de lutte contre le VIH/SIDA de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), a souligné de nouveau, tout comme Michel Sidibé, le directeur Exécutif d'Onusida, l'importance de renforcer l'implication des acteurs francophones de santé dans les instances internationales, où ces derniers sont sous-représentés.
De manière plus anecdotique, un emploi malheureux des termes «habite» et «pénètre» de la part de Omar Ndoye a provoqué l'hilarité de l'assemblée taquine, soulignant avec un humour tout francophone l'importance et la spécificité d'une conférence dans sa propre langue.
Soutien à la taxe Robin

Le ton avait été donné dès la cérémonie d'ouverture, la conférence de Casablanca serait politique. La cérémonie de clôture l'a été tout autant. Eric Fleutelot (photo ci-dessus), Directeur Général Adjoint International de Sidaction, a voulu partager son «sentiment de désespoir» de connaître, comme tous les acteurs de lutte contre le sida, les mêmes inquiétudes concernant le financement de la réponse à l'épidémie de VIH.
Au cours d'une intervention pleine d'esprit et de conviction, Eric Fleutelot a exhorté le public «a rejoindre les partisans de la taxe Robin des Bois», cette micro-taxe de 0,005% qui s'appliquerait sur les transactions interbancaires de change. «Vous avez tous une mission, a-t-il ajouté. Allez leur dire que ce n'est plus acceptable, allez leur dire qu'il faut trouver de l'argent maintenant.» Avant de conclure: «Vous seuls pouvez porter un coup fatal à cette épidémie, vous seuls: on est tout seul.»

Sur les T-shirts noirs:«Et si j'étais un trader?»
Patrice Debré, Ambassadeur pour la France chargé de la lutte contre le VIH-SIDA et les maladies transmissibles, a également fait les frais de la déterminations des militants. Alors qu'il allait prendre la parole, des rangs entiers d'activistes, suivi d'autres conférenciers, ont tourné le dos à la tribune. Dans un communiqué de presse commun, Act Up-Paris, Aides et Sidaction déclarent que, si «le président Sarkozy tourne le dos aux malades du sida, les militants lui tournent le dos pendant la conférence»: «Nous savons aujourd'hui comment arrêter l'épidémie, c'est une question de choix politique. Nous demandons donc à Nicolas Sarkozy de tenir ses engagements: la France doit soutenir un Fonds mondial à 20 milliards et augmenter sa contribution en conséquence. Ne pas le faire aujourd'hui serait criminel.»
Aucun membre du gouvernement français n'était présent pour répondre aux demandes des activistes, soutenus par la grande majorité des conférenciers, participants et communicants confondus. Patrice Debré avait déjà été pris à partie par des activistes plus tôt dans la semaine, pour les mêmes raisons, lors du symposium «Place des troisièmes lignes de traitement dans les pays du Sud».
Gilles Brücker, secrétaire général de l'Afravih, a clos la cérémonie en annonçant que la 6e conférence francophone de 2012 devrait se tenir à Genève, si les impératifs d'organisation peuvent être assurés et c'est le Dr Bernard Hirschel qui coordonnera l'événement pour l'association. Gageons que le traitement comme prévention (TasP) sera encore plus au coeur de tous les débats.
>>> Casablanca 2010
Toute l'actualité de Casablanca 2010 est sur Vih.org. Les présentations sont disponibles au téléchargement sur le site officiel de la Conférence, les photos de la conférence sur Vu, le regard de Vih.org.
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