COPACI
L'AP-HP sens dessus dessous
Sur fond de réorganisation globale des soins et d'annonce de suppressions de postes dans l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), une concentration des services de prise en charge des patients séropositifs est en cours. Dans la plus grande opacité pour le moment. Ce que les intéressés, qui n'ont pas été associés, dénoncent.
Cet article a été publié dans le numéro 51 de Transversal. Transversal est une publication de Sidaction.
«Suivi depuis deux ans à Saint-Joseph, j'ai appris sa fermeture en discutant dans la salle d'attente, se souvient José Puig, président du Collectif de patients citoyens (Copaci), créé en 2008. En quinze mois, j'ai été envoyé vers Necker, puis vers l'Hôtel-Dieu.» Ce jeu de chaises musicales semble depuis s'être généralisé en Ile-de-France et s'étendre à d'autres régions. Sur fond de tarification à l'acte et de réorganisation des soins, de nombreuses fusions ou suppressions de services hospitaliers seraient programmées. Si l'ensemble des mouvements que les autorités ou la rumeur annoncent sont réalisés, pas moins de 5 200 patients suivis pour le VIH, provenant de plusieurs hôpitaux franciliens, atterriraient à l'Hôtel-Dieu. Alors que 3 000 à 4 000 suppressions de poste ont été prévues dans l'AP-HP d'ici à 2012, les associations dénoncent la «concentration des patients dans des services ambulatoires surdimensionnés et la réduction drastique des capacités d'hospitalisation». Le Pr Jean-Paul Viard, chef du service ambulatoire de l'Hôtel-Dieu, précise: «L'idée repose sur le constat que le projet de Necker n'était plus adapté au suivi ambulatoire multidisciplinaire de nos patients, alors que celui de l'Hôtel-Dieu correspondait en revanche très bien, avec des spécialités comme la gynécologie médicale, la cardiologie, l'endoscopie ou encore la psychiatrie.» Et d'ajouter: «L'Hôtel-Dieu dispose d'un important service de médecine interne dans lequel sont hospitalisés plusieurs patients séropositifs. Si nous avons besoin de compétences très spécifiques en infectiologie Necker et Cochin sont ouverts à nos demandes.»
Mobilisation
Si Actif Santé est montée au créneau dès le début auprès des patients de Saint-Joseph, d'autres associations se sont depuis mobilisées, regroupées au sein d'un collectif1 dans le but que les réorganisations en cours ne se fassent pas sans les personnes vivant avec le VIH. Si les douze services en infectiologie passent à quatre, quelle sera la qualité de la prise en charge médicale? Quels seront les moyens mis à disposition? Si l'objectif, outre les 100 millions d'euros d'économies par an pour les hôpitaux parisiens, est d'orienter les patients vers une prise en charge en médecine de ville, plusieurs problèmes se posent. «Le VIH n'est pas une pathologie lambda que l'on peut transférer vers la seule médecine de ville, une prise en charge hospitalière multidisciplinaire demeure nécessaire», affirme José Puig. «On sait que beaucoup de patients suivis en consultation hospitalière n'iront pas en médecine de ville, estime Marc Dixneuf, directeur des programmes associatifs de Sidaction. Les plus précaires décrocheront, avec des perdus de vue en nombre.»
Concertation
«Nous regrettons que ces réorganisations hospitalières soient envisagées en tenant les patients et les personnels soignants à l'écart de toute consultation», ont réagi les membres du collectif dans un courrier adressé à Claude Evin le 1er mars dernier. «Nous avons demandé à l'AP-HP la mise en place d'un calendrier de concertation entre les autorités sanitaires nationales, les personnes malades et les professionnels de santé, expliquent-ils. Nous souhaitons que cette concertation prenne appui sur les cinq Corevih franciliennes et débouche sur des états généraux du sida en Ile-de-France.» Un des objectifs annoncés est l'élaboration d'un cahier des charges garantissant une prise en charge globale de qualité des personnes vivant avec le VIH dans la région, qui représentent plus de la moitié des patients suivis en France. «Nous avons demandé un moratoire, c'est-à-dire que soient suspendus tous les projets de restructuration en cours», précisent les signataires. Outre ces exigences, ils soulignent leur refus que les réorganisations soient basées sur des critères comptables ne tenant pas compte du fait que la tarification à l'activité est inadaptée aux activités de prise en charge du VIH. Seuls les prochaines semaines apporteront des débuts de réponses aux patients, si les demandes associatives de rendez-vous sont honorées par les instances régionales de santé.
- 1. Actif Santé, Act Up-Paris, Aides, le Copaci, Sidaction, le TRT-5 et l'Union nationale des associations de lutte contre le sida.
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires


