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Minorités

Gay en Afrique:
Le témoignage de Georges Kanuma

Alors que la dernière ICASA de Dakar (lire notre compte-rendu ICASA : L’heure du bilan) avait laissé espérer que les minorités sexuelles commençaient à être entendues, la condamnation le 6 janvier à Dakar de neuf homosexuels sénégalais engagés dans la lutte contre le sida laisse prévoir le pire. Huit ans de prison ferme pour « conduite indécente, actes contre nature et association de malfaiteurs », une peine plus lourde que ce que prévoit la loi, ont été prononcés.

Au Sénégal, l’homosexualité est interdite et passible d’une peine allant jusqu’à 5 ans d’emprisonnement. Et alors que la prévalence du VIH/sida est de 0,7 % pour la population générale, elle est de 21,5 % chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes (HSH).

C'est justement à Dakar, pendant l'ICASA, que vih.org avait rencontré Georges Kanuma1, président de l’Association pour le Respect et les Droits des Homosexuels au Burundi (ARDHO) et également coordinateur à l'Association nationale de soutien aux séropositifs et malades du sida (ANSS) auprès des HSH. Il avait accepté de nous parler d'Africagay, le regroupement des gays africains luttant contre le VIH/sida.

Les réactions

Suite à cette interpellation de ces militants au Sénégal, qui intervient alors que le pays connaît de graves difficultés économiques et sociales, les réactions se succèdent, en France et dans le monde.

Le 15 janvier, Michel Sidibé, directeur exécutif de l’ONUSIDA, a déclaré dans un communiqué de presse: «Il n’y a pas de place pour l’homophobie. L’accès universel à la prévention, au traitement, aux soins et à l’appui en rapport avec le VIH doit être ouvert au Sénégal à toutes les personnes qui en ont besoin, y compris les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. Cela ne pourra avoir lieu que si les hommes reconnus coupables sont libérés et si des mesures sont prises pour restaurer la confiance avec les communautés affectées.»

Le même jour, le Conseil national du sida et l'Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales, l'ANRS, ont demandé au gouvernement français de réagir. Le Conseil national du sida (CNS) «dénonce cette décision des autorités judiciaires sénégalaises qui constitue un signal politique désastreux à l'échelle du continent africain». Jean-François Delfraissy, directeur de l'Agence nationale de recherche sur le sida regrette le «recul» des autorités sénégalaises depuis l'ICASA.

Toujours en France, Nicolas Sarkozy a déclaré son «émotion» et sa «préoccupation» à travers la voix du porte-parole du gouvernement. Exprimant sa «très vive préoccupation», Bertrand Delanoë, maire de Paris, a souligné en tant que président de l'Association internationale des maires francophones (AIMF) qu'une «telle condamnation ne porte pas seulement atteinte aux droits d'une minorité, elle méconnaît les droits humains universels».

Les questions

Reste que se posent plusieurs questions essentielles, comme  celle de notre responsabilité en tant que communauté qui lutte contre le sida dans le fait d'inviter les minorités discriminées à sortir au grand jour. Nous vous proposons de discuter dans cette page de notre rubrique Débat : Sénégal, ICASA, répression des homosexuels : Quelles responsabilités ? 

  1. 1. Georges Kanuma est décédé en avril 2010 (Plus d'informations).